Le beurre, et l'argent du beurre.

Rédigé par hamlet le 27 octobre 2012

Le beurre et l'argent du beurre. Et la crémière, alors ?
Il est de bon ton, dans les salons cossus, de proclamer que les valeurs morales sont portées par la droite (alors que, paradoxalement, l'éthique porterait à gauche), et d'en vouloir pour preuve que l'électorat chrétien vote majoritairement à droite, ce qu'il n'a pas manqué de faire lors de la dernière élection présidentielle, à grands coups d'indignations sur le projet de légalisation du mariage homosexuel.
Comme pour donner raison à ces fins observateurs, la gauche au pouvoir vient de réaliser une promesse "immorale" du candidat Hollande : le remboursement à 100% de l'IVG, ainsi que la gratuité des contraceptifs.

L'IVG des mineures était remboursée à 100%, tandis que celle des majeures ne l'était qu'à 80%. Désormais, au terme de l'article 43 du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFS), à partir de 2013, l'IVG des majeures sera remboursé à 100%. Par ailleurs, les contraceptifs, dont le taux de remboursement actuel est de 65%, seront maintenant gratuits pour les filles de 15 à 18 ans - environ un million de personnes. Le coût de ces deux mesures est estimé à 17 millions d'euros, 12 millions pour l'IVG (un avortement coûte entre 200 et 450 euros), et 5 millions pour les contraceptifs, financés par le contribuable (cotisations sociales, CSG, taxes sur les alcool et le tabac).

Lors des débats au parlement (séance du 26 octobre 2012), Marisol Touraine, actuelle ministre, ainsi que les députés PS inscrits aux débats de l'article 43, n'ont pas pu échapper à l'hommage litanique obligatoire aux grandes prêtresses de l'avortement : l'icone (de droite sous un gouvernement de droite) l'ayant dépénalisé en 1975, Simone Veil, puis le remboursement par Yvette Roudy, la loi "anti-entrave" de Véronique Neiertz, et pour finir, l'allongement de délai de la loi Aubry-Guigou, hommage teinté d'une grandiloquence déplacée. En effet, bien que l'adoption de ces lois soit une victoire pour ses promulgateurs, il n'en reste pas moins qu'ils reconnaissent tous la gravité de cet acte. Or l'idée de célébrer avec emphase la mise en place de mesures permettant des actes graves demeure saugrenue.

A droite, un seul amendement très minimaliste a été inscrit, qui proposait simplement l'abrogation de l'article 43. Dominique Tian le présentait au motif que "l’échec de la contraception dans notre pays, le fait que le nombre d’IVG ne diminue pas, pose question". Rien de révolutionnaire : comme il le rappelait, "il ne s’agit pas de revenir sur la loi de Simone Veil".

Le cran de M. Tian est à saluer : s'il a fallu un certain courage, à l'époque, à Simone Veil et ses consoeurs, pour défendre leur point de vue, l'endroit du courage s'est déplacé, et c'est maintenant pour défendre le point de vue "pro-life", qu'il faut un courage certain.

Au centre, l'UDI, portée récemment sur les fonts baptismaux par des personnalités aussi riches en projets d'avenir que M. Giscard d'Estaing et Mme Veil, s'est opposée vivement à cet amendement, par la voix de M. Vercamer. 

Porté aux voix, sur les 101 votants, il ne s'est trouvé que 6 députés UMP pour soutenir M. Tian, dont l'amendement a été rejeté sans même de discussion. Les autres "défenseurs des valeurs morales" étaient aux abonnés absents. Sur ce sujet, il n'y avait pas de consigne de groupe.

Apparemment, le "rempart moral" formé par les députés de l'UMP souffre de quelques faiblesses...

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Turgot, le bon sens près de chez nous

Rédigé par hamlet le 16 octobre 2012

Anne-Robert Turgot
Michel-Étienne Turgot, fut nommé prévôt des marchands de Paris, par Louis XVI, en 1729. Son nom reste attaché au célèbre "Plan de Turgot", représentant Paris en vue cavalière.

De son mariage, il eut trois garçons, dont Anne Robert, qui fut appelé par Louis XVI au ministère de la Marine, en juillet 1774. Un moins plus tard, il passe aux Finances, comme contrôleur général. Il y découvre alors la situation catastrophique des finances publiques, à deux doigts de la banqueroute.

Il entreprend alors une série de réformes d'importance : réduction des pensions accordées par le Roi, libre-circulation des grains, remplacement de la corvée par un impôt dû par tous les propriétaires, notamment.

A peine arrivé aux finances, il écrivit au Roi Louis XVI, le 24 août 1774, un courrier qui garde toute sa pertinence et son bon sens aujourd'hui, tout en n'ignorant rien de l'impopularité que son programme allait susciter. Faisant preuve de courage, il l'appliqua néanmoins, ... et les privilégiés obtinrent son renvoi deux ans plus tard ! Bon sens et courage ont, depuis, déserté la politique.

Mais relisons Turgot...

"Votre Majesté a bien voulu m'autoriser à remettre sous ses yeux l'engagement qu'elle a pris avec elle-même, de me soutenir dans l'exécution des plans d'économie qui sont en tout temps, et aujourd'hui plus que jamais, d'une nécessité indispensable. J'aurais désiré pouvoir lui développer les réflexions que me suggère la position où se trouvent les finances ; le temps ne me le permet pas, et je me réserve de m'expliquer plus au long quand j'aurai pu prendre des connaissances plus exactes. Je me borne en ce moment, Sire, à vous rappeler ces trois paroles :

Point de banqueroute ; Point d'augmentation d'impôts ; Point d'emprunts.

Point de banqueroute, ni avouée, ni masquée par des réductions forcées. Point d'augmentation d'impôts, la raison en est dans la situation de vos peuples, et encore plus dans le coeur de Votre Majesté. Point d'emprunts, parce que tout emprunt diminue toujours le revenu libre ; il nécessite au bout de quelque temps ou la banqueroute, ou l'augmentation des impositions. Il ne faut en temps de paix se permettre d'emprunter que pour liquider les dettes anciennes, ou pour rembourser d'autres emprunts faits à un denier plus onéreux.

Pour remplir ces trois points, il n'y a qu'un moyen. C'est de réduire la dépense au-dessous de la recette, et assez au-dessous pour pouvoir économiser chaque année une vingtaine de millions, afin de rembourser les dettes anciennes. Sans cela, le premier coup de canon forcerait l'État à la banqueroute.

On demande sur quoi retrancher ; et chaque ordonnateur, dans sa partie, soutiendra que presque toutes les dépenses particulières sont indispensables. Ils peuvent dire de fort bonnes raisons ; mais comme il n'y en a pas pour faire ce qui est impossible, il faut que toutes ces raisons cèdent à la nécessité absolue de l'économie (...) Votre Majesté sait qu'un des plus grands obstacles à l'économie est la multitude des demandes dont elle est continuellement assaillie et que la trop grande facilité de ses prédécesseurs à les accueillir a malheureusement autorisées. Il est des grâces auxquelles on a cru pouvoir se prêter plus aisément, parce qu'elles ne portent pas immédiatement sur le Trésor royal. De ce genre sont les intérêts, les croupes, les privilèges ; elles sont de toutes les plus dangereuses et les plus abusives (...).

Tant que la finance sera continuellement aux expédients pour assurer les services, Votre Majesté sera toujours dans la dépendance des financiers, et ceux-ci seront toujours les maîtres de faire manquer, par des manoeuvres de place, les opérations les plus importantes (...) Je ne demande point à Votre Majesté d'adopter mes principes, sans les avoir examinés et discutés, soit par elle-même, soit par des personnes de confiance en sa présence ; mais quand elle en aura reconnu la justice et la nécessité, je la supplie d'en maintenir l'exécution avec fermeté, sans se laisser effrayer par des clameurs qu'il est absolument impossible d'éviter en cette matière, quelque système qu'on suive, quelque conduite qu'on tienne (...).

J'ai prévu que je serais seul à combattre contre les abus de tout genre, contre les efforts de ceux qui gagnent à ces abus ; contre la foule des préjugés qui s'opposent à toute réforme, et qui sont un moyen si puissant dans les mains des gens intéressés à éterniser le désordre. Je serai craint, haï même de la plus grande partie de la cour, de tout ce qui sollicite des grâces. On m'imputera tous les refus ; on me peindra comme un homme dur, parce que j'aurai représenté à Votre Majesté qu'elle ne doit pas enrichir même ceux qu'elle aime, aux dépens de la subsistance de son peuple. Ce peuple auquel je me serai sacrifié est si aisé à tromper, que peut-être j'encourrai sa haine par les mesures mêmes que je prendrai pour le défendre contre la vexation (...).

C'est avec ces sentiments que je suis avec le plus profond respect, Sire,
De votre Majesté
Le très humble et très obéissant Serviteur et Sujet.

Turgot."

Lire aussi : l'article de Causeur.

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Que survive la France...

Rédigé par hamlet le 27 septembre 2012

Michel Poniatovski (1922-2002) écrivait en conclusion de son livre "Que survive la France" (1990) :

« Cette âme, la France est en  train de la perdre, non seulement à cause de la mondialisation, mais aussi, et surtout, à cause de la société à la fois pluri-ethnique et pluri-culturelle que l’on s’acharne avec de fausses idées et de vrais mensonges, à lui imposer. Si cet essai a permis à quelques-uns de mesurer devant quels périls nous nous trouvons placés, il aura déjà atteint son but.
 (…) Ces pages peuvent apparaître cruelles. Mais elles correspondent à un sentiment très profond.

Le moment est venu de traiter énergiquement le problème de l’immigration africaine et notamment musulmane. 

Si tel n’est pas le cas, la France aura deux visages : celui du « cher et vieux pays » dont parle le général de Gaulle et celui du campement avancé du tiers monde africain. Si nous désirons voir les choses dégénérer ainsi, il suffit de leur laisser suivre leur cours. Le campement africain toujours plus grand, plus vaste, plus illégal, grignotera d’abord, puis rongera, avant de faire disparaître tout entier le cher vieux pays, dont la défaite sera annoncée du haut des minarets de nos nombreuses mosquées. Nos temps sont assez graves pour ne pas faire appel à de médiocres facilités politiciennes.

Nous allons vers des Saint-Barthélémy si l’immigration africaine n’est pas strictement contrôlée, limitée, réduite et expurgée de ses éléments négatifs et dangereux, si un effort d’intégration ne vient pas aussi compléter cette nécessaire répression.  Les mesures à prendre sont sévères et il ne faudra pas que le vieux pays frémisse de réprobation chaque fois qu’un charter rapatriera des envahisseurs illégaux. 

Il faut donc ainsi que ce cher vieux pays restitue à l’état sa place normale. Les libéraux l’ont affaibli, les socialistes l’ont détruit. Où sont les grandes tâches dévolues à l’État ? La Justice, l’Armée, l’Éducation nationale, la Sécurité, la Police, notre place en Europe ? En miettes. La France est à l’abandon est en décomposition à travers le monde. Sa recomposition est dans un retour énergique à l’unité et à la cohérence, et de la Nation et de l’État. »

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Et si l'on alignait le secteur privé sur le secteur public ?

Rédigé par hamlet le 11 juillet 2012

Un salarié français sur 5 est fonctionnaire : tandis que 4 travaillent, le 5° contrôle, vérifie, juge, soigne, organise, verbalise, enseigne, combat (certains parlent carrément d'un sur quatre, tellement les statistiques, qui sont capables de nous mesurer les évolutions de PIB au centième de point, sont plus floues dès lors qu'il s'agit de fonctionnaires, ou d'immigration, pour parler des sujets qui fâchent !).

Toutes fonctions publiques confondues (la fonction publique d'état, la territoriale, et l'hospitalière), la solidarité nationale alimente 5,3 millions de fonctionnaires, représentant une masse salariale de 260 milliards d’euros par an. Il faudrait ajouter à cette masse les 800 000 agents qui travaillent pour des entreprises publiques. 

En terme d'évolution, sous le quinquennat Sarközy, la fonction publique a cru de 280.000 postes : si 150 000 emplois ont été supprimés dans la fonction publique d’État, 232 000 emplois ont été créés dans la fonction publique territoriale et 108 009 dans la fonction publique hospitalière. On aura beau objecter que l'Etat n'a plus la main sur les recrutements des régions, il n'en reste pas moins que l'argent des régions est l'argent de l'Etat...

Le premier avantage discriminant dont les fonctionnaires disposent par rapport au privé est la sécurité de l'emploi. Courageux, voire inconscient; qui se risquerait à demander le licenciement d'un fonctionnaire ! Mais il en existe d'autres : avantages divers, congés, "congés maladie", rythme de travail, grèves, etc. 

Il faudrait aussi parler de la retraite : les fonctionnaires partent en retraite entre 52 et 57 ans, contre 60 ou 62 ans pour le secteur privé, avec une retraite calculée sur les 6 derniers mois de salaire, tandis que sont prises en compte les 25 meilleures années d'un salarié du privé. La retraite des fonctionnaires est garantie (au minimum 75% du dernier salaire), pas celles du secteur privé.

Hors ces avantages complémentaires, qui demeurent hors chiffrage, selon les chiffres fournis par l'INSEE, un fonctionnaire gagne en moyenne 2 377 euros par mois, tandis qu'un salarié du privé est à 1607 euros. Cette différence de 770 euros en faveur des fonctionnaires représente un écart de 48% entre les deux catégories.

Ne serait-il pas temps pour les salariés du privé de travailler, dans un premier temps, à l'alignement de leurs salaires sur ceux de la fonction publique, et dans un second temps, de travailler au chiffrage des avantages des fonctionnaires, et à l'intégration de cette évaluation dans le calcul ? Si "Equité" ne fait pas partie de la devise de la République, il y a bien "Egalité", non ?



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Sarközy lave plus blanc.

Rédigé par hamlet le 05 mai 2012

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette élection aura mobilisé les imaginations, si ce n'est les intelligences, si l'on en juge par l'abondance des articles à ce sujet.

Elle aura mobilisé aussi les passions, les noms d'oiseaux fusant comme les poissons d'Ordralphabétix. 

Rien d'anormal, dans un village gaulois.

Succombant aussi à cette tentation déplorable, voici une réflexion de plus sur ce sujet brûlant. Attention, ça envoie du steak !





Devoir moral ou option tactique ? 

Deux candidats se présentent aux suffrages de ce deuxième tour. A droite, fleurit une foison d'avis apocalyptiques, y compris de clercs, énoncant qu'il serait un "devoir moral", sous peine de "grave irresponsabilité", de préférer telle ou telle option.

Si les mots ont un sens, je crois tout d'abord que ce choix ne relève pas de la conduite morale, mais d'une option tactique : il ne s'agit pas d'une réponse de principe, mais d'une réponse adaptée aux circonstances et déterminée par elles.

Au plan politique et économique, les idées des candidats, pour ce qui leur reste de marge de manœuvre dans notre univers mondialisé, ne sont pas très différentes. En ce qui concerne leurs projets anthropologique, ils partagent la même vision transgressive, si on la rapporte à l'orthodoxie de la morale chrétienne. Les différences ne jouent qu'à la marge, sur ce qui reste de modalités possibles à ces transgressions. Sur l'IVG, par exemple, il sont tous deux d'accord sur le bien fondé du principe, la différence entre eux ne porte que sur le niveau de remboursement, 65% pour l'un ou 100% pour l'autre, soit une somme bien inférieure à 30 deniers (précision historique : cette somme correspond au prix d'achat d'un agneau, selon M. Valtorta).

Sur le critère de la morale, aucun des candidats n'est correct, et leurs ressemblances dépassent largement leurs différences. Pour prendre une analogie routière, il ne s'agit pas de choisir, sur une route départementale, entre une voiture qui roulerait à 90 et une autre à 140, mais bien entre une voiture qui roule à 180 et une autre à 182. Il ne s'agit pas de distinguer entre deux biens, mais entre un mauvais et un pire. 

Imaginons être l'un des 12 jurés d'un tribunal condamnant une personne innocente. Le procureur donne le choix entre deux condamnations : soit lui couper un pied sous anesthésie, soit lui couper un bras. Existe-il une solution moralement meilleure ? 

Préférer l'opération sous anesthésie est acceptable, car, dans l'impossibilité de faire mieux, le condamné souffrira moins. Mais cette réponse aura contribué à lui couper le pied. 

Refuser ces deux options est également une réponse correcte, puisque la personne est innocente. Mais cette option n'est par proposée par le procureur, le condamné sera forcément amputé, et possiblement avec un plus grand mal, si le reste du jury vote l'amputation sans anesthésie.

Si des autorités morales (Mgr Sheridan, 2004) ont pu affirmer que la seconde solution était la seule moralement juste, d'autres tiennent pour l'option inverse (Mgr de Germiny 2012). Et la position qu'exprime pour 2012 la Conférence Épiscopale renvoie chacun à sa propre analyse, sans désigner de devoir moral autre que celui de « voter en conscience ». Les Évêques Catholiques n'ont pas identifié de devoir moral à opter pour telle ou telle solution, ce qui laisse l'électeur libre d'opter pour l'une ou l'autre des options possibles, dans la mesure où, sa conscience étant raisonnablement éclairée, l'option choisie cherche à promouvoir le bien commun. 

Ce choix restant donc une option tactique, il peut être discuté longtemps : restant dans les vérités relatives, re-situer le débat sur le plan tactique permet, accessoirement, de rendre moins vive la nécessité de s'invectiver, les uns traitant les autres de suppôts de satan, les autre d'idiots irresponsables, ce qui n'est déjà pas si mal.


La politique du moindre mal

En se limitant à la lecture des deux programmes, l'électeur qui chercherait à être fidèle à la doctrine chrétienne, et qui en déduirait que son choix doit se baser d'abord sur la comparaison des questions morales, peut se dire que la solution est évidente, car nominalement, le programme UMP est moins transgressif que le programme PS. La philosophie classique recommandant, entre deux maux, de choisir le moindre, un vote Sarkozy au nom du moindre mal, apparaît donc comme la réponse correcte.

Mais pour qui estime que les programmes électoraux n'ont de valeur qu'indicative, et que l'analyse tactique ne doit pas se limiter à la première bande du billard, les choses sont moins simples.

Depuis 1974, une majorité de voix chrétiennes se sont portées sur la droite parlementaire, contribuant à l'élection de Giscard, puis de Chirac et de Sarkozy, au nom de la théorie du moindre mal.

La première chose que je remarque est que ces voix n'ont été échangées contre aucun avantage. Oubliant les pré-requis de la dissuasion du faible au fort, elles n'ont été payées en retour d'aucun bien positif, mais seulement d'un bien négatif discutable, que serait le retard hypothétique apporté à l'installation des maux moraux successifs installés les uns après les autres : relativisme, individualisme, matérialisme, inculture de masse, laxisme, hédonisme, nihilisme, immoralité, etc, ainsi que des maux politiques et économiques qui les accompagnaient.

Ce refus constant d'absence de sanction par les urnes partage d'ailleurs avec les sondages politiques un inconvénient supplémentaire, qui est d'encourager l'utilisation du mensonge et de la duplicité dans le discours politique, en leur assurant une rentabilité.

Si, en théorie, le retard à l'installation du mal peut permettre le retour du bien, force est de constater que cela ne s'est pas produit dans les 38 dernières années de la vie politique française, soit d'une mauvaise mesure de droite qui aurait été abrogée par la droite suivante, soit, plus facile, d'une mesure de gauche qui aurait été abrogée par la droite. L'exemple-type à ce sujet est celui des 35 heures : si la droite, au pouvoir absolu pendant 10 ans, s'est lamentée sur tous les tons de ce que cette mesure serait « responsable de la ruine de la France apportée par la gauche » et aurait « détruit la valeur travail », arguments consciencieusement ânonnés dans beaucoup de salons distingués, elle s'est bien gardée d'y modifier quoi que ce soit. Alors qu'elle a su mettre un acharnement remarquable à instaurer le travail du dimanche, mesure politiquement coûteuse et économiquement infondée, contrevenant de front au 4° commandement, ce qui n'est tout de même pas rien.

Enfin, ce que je constate aussi, c'est que le soutien passif, même à contre cœur, d'idées incorrectes, finit par les imposer dans le paysage culturel. L'exemple-type, ce sont toutes les questions sociétales, divorce, sexualité précoce ou contre nature, avortement, pornographie, théorie du genre, etc, qui sont maintenant culturellement acceptée et perçues comme bonnes par toutes les classes de population, incrustées y compris dans les « meilleures familles ». C'est l'adage « à force de ne pas voter comme tu penses, tu finis par penser comme tu votes », ou l'allégorie de la grenouille cuite

En ce sens, il n'est pas absurde de dire, et je le soutiens à titre personnel, que cette option tactique a contribué à installer durablement des valeurs de mort dans notre société. La politique du moindre mal se transforme ici en la politique du mal durable.

Le vote blanc.

La première objection concernant le vote blanc est qu'il s'agirait d'une non-décision : il est vrai que le domaine politique est celui de l'action, du parti-pris, et non pas celui de la pureté doctrinale, que celui qui se retire dans sa tente peut être considéré comme un démissionnaire.

Si le candidat de l'UMP a tenu le discours du Trocadéro, si le chantre du métissage s'est métamorphosé en féroce gardien des frontières, allant jusqu'à adopter la plus mauvaise des propositions de Mme Le Pen (la présomption d’innocence pour les policiers), c'est bien parce qu'il a évalué, soupesé ce poids, et espère convaincre la fraction récupérable des électeurs qui va voter blanc, l'une à sa gauche, chez Bayrou, et l'autre à sa droite, chez Le Pen et Dupont-Aignan. Comme la plus grande part se trouve à sa droite, ces intentions de vote blanc l'obligent à infléchir à droite son discours de second tour, de la même façon qu'en 2007, le poids du FN étant moindre que celui du Modem, il avait fait campagne au centre (ce qui n'avait pas empêché l'UMP de présenter un candidat contre Bayrou dans sa circonscription).

Paradoxalement, et dans la conformation particulière des élections 2012, ce sont finalement ceux qui menacent Sarkozy de ne pas voter pour lui, et sont éventuellement prêts à ne pas céder, qui l'obligent le plus à infléchir son discours politique. Vu sous cet angle, il me paraît difficile de dire que vouloir voter blanc est un non-acte. 

Le second argument est celui de sa non-lisibilité, puisque les votes blanc sont à la fois ceux de Le Pen qui n'ont pas voulu voter Sarközy ou Hollande, et ceux de Mélenchon qui n'ont pas voulu voter Hollande. L'argument ne convainc pas, car les sondages permettent d'évaluer ces masses, d'une part, et qu'il ne s'agit pas de lire, mais d'élire.

Enfin, la dernière objection consiste à dire, côté UMP, que "voter blanc, c'est voter Hollande", et côté PS que "voter blanc, c'est voter Sarkozy". En terme de pure logique, cet argument est faux, choisir Ø n'étant pas équivalent au choix de A ni de B. En terme politique, cet argument n'est cependant que partiellement faux, et donc partiellement vrai, car pour un électeur admettant qu'il n'est de conduite morale qu'entre les solutions Ø et A, lorsqu'il vote Ø, effectivement, sa voix ne se porte pas sur A et donc profite à B (pour un anarchiste, il demeurerait faux). La partie fausse du raisonnement, qui confine au procès d'intention, consiste à assimiler un acte positif à une conséquence inévitable, et à transformer l'acte de voter Ø, en intention de voter B. Un peu comme si l'on disait que tous ceux qui ont voté Sarközy ont voté pour une politique active de promotion de l'homosexualité (la diffusion du Baiser de la lune) ou de la théorie du gender. Entre la peste et le choléra, les "leucovotants" expriment qu'ils rejettent les deux, même s'il ne fait pas de doute qu'ils contracteront la plus contagieuse de ces deux maladies. 


Faut-il sauver le soldat Sarkozy ?

Une fois posé que le discours d'entre deux tours est la posture politique que l'état-major de Sarkozy a estimé la plus rentable compte tenu du paysage électoral du premier tour, il reste deux possibilités  à l'électeur : y croire, ou pas. Mais à la lecture des sondages, la question devient "Faut-il sauver le soldat Sarkozy" ?

Poser la question, c'est y répondre : il est déjà mort, les prévisions évaluant une défaite à environ 4 points. Il ne s'agit plus de faire gagner Sarkozy, mais de lui assurer une défaite moins difficile.

Dès le début, il savait le poids de la cristallisation de mécontentement qu'il avait accumulé, non sur les idées de droite, mais sur sa personne. La stratégie de campagne était celle proposée par Buisson, droitière. La prudence ou la sagesse aurait commandé de ne pas présenter, sur ces valeurs, de candidat qui en représente l'antithèse. Cette erreur de casting est une erreur majeure de la campagne de Nicolas Sarkozy, qui a préféré jouer une partie individuelle sans comprendre son handicap personnel, ni être capable du coup de génie indispensable, notamment dans le débat entre les deux finalistes. Sarkozy, finalement, n'était pas Napoléon.

Cela n'empêche pas de voter pour un mort, bien entendu, ne serait-ce que pour l'honneur.

De nombreux électeurs, se reconnaissant dans la "droite de valeur" (FN, DLR), ont annoncé qu'ils ne feraient pas ce choix. Doivent-ils être blâmés ?

Pour attirer ces électeurs, la stratégie de l'UMP a consisté à droitiser le discours du second tour, et y recycler les thèmes du premier tour de 2007, l’innovation 2012 consistant à envoyer le caporal Longuet ("ancien d'extrême-droite" comme aiment à le rappeler tous les media de gauche - quelle habileté politique dans ce choix !) donner un interview-suicide au journal Minute, Signal ayant cessé de paraître.

Comme en 2007, les voix de la "droite de valeurs" ont été réclamées sans aucune autre garantie que de continuer à être méprisées, ligne traditionnelle évoquée plus haut, mais marché de dupes quelque peu indécent, car il n'y avait pas de raison que les promesses de 2012 soient moins trahies que les promesses de 2007.

La ligne droitière proposée par Buisson a permis à Nicolas Sarközy, servi par son extraordinaire dynamisme et sa pugnacité, de remonter une partie de son handicap de départ. Et elle était arithmétiquement gagnante avec les voix du Front National, qu’il était vital de convaincre.

La parole du candidat sortant étant considérablement démonétisée par son quinquennat, il était inutile d’aller plus loin dans le discours. Cela a été contre-productif, aliénant au camp de droite les voix de Bayrou.

Au lieu de dire sans agir, il fallait agir sans dire, et proposer à droite une opportunité consistante, qui aurait été d'autant moins refusée qu'elle aurait été réelle, voire loyale. Bien sûr, un tel accord à droite n'était politiquement pas facile, dans le contexte culturel français. Mais il faut remarquer que ce contexte a été bâti par une droite qui y a délégué la gauche, allant jusqu'à nommer Frédéric Mitterrand, l'ami des enfants, au ministère de la Culture, corroborant avec brio la phrase assassine de Diesbach : « la vie politique française est animée par deux grands partis de gauche, dont l'un s'appelle la droite ».

Et au lieu de cette opportunité consistante, clé vitale pour la victoire, qu’avons nous vu ? Un consensus du chef de l'Etat, du Premier ministre, et des caciques UMP, s'accordant, dans le cas d'un duel FN/PS, à choisir de voter à gauche qu'à droite, option que ne pratique même pas cette "l'extrême droite" qu'ils vilipendent ! Quel scandale. Tout au long de la campagne, le FN n’a cessé d’être traité en ennemi, au contraire de la stratégie plus intelligente de Hollande vis à vis de Mélenchon, autrement plus encombrant et scandaleux que Mme Le Pen, et beaucoup plus agressif vis à vis du PS.

Mais non, l’UMP a continué consciencieusement d’appliquer la stratégie obstinée et stupide « du cordon sanitaire », faisant payer au pays cette facture qui va mettre au pouvoir, ce 6 mai, un courant finalement minoritaire.


Un programme pour l'après-Sarkozy.

Après, l'analyse peut être poursuivie sur une bande de plus, et il est possible de supputer qu'une défaite trop cuisante de Sarkozy affaiblisse la ligne Buisson pour les législatives, au profit de la ligne Juppé / NKM, ce qui serait un motif de voter Sarkozy. Là, ces hypothèses ne me concernent plus. 

Je n'ai aucune idée de savoir si l'UMP va exploser ou pas, et je n'entre pas dans ces combinaisons hypothétiques, ne cultivant pas d’intentions homicides particulières envers l’UMP, pas plus que n'idéalisant le FN. J’espère seulement que le paysage politique de l’après 6 mai prendra en compte l’existence d’un courant droitier, et sera pour lui l'occasion de lui permettre une expression démocratique sereine.

Pour ce qui me concerne, je ne crois pas que le sort du pays se joue par un bulletin que l'on met dans l'urne tous les 5 ans, tant que les finalistes sont des avatars de conceptions semblables, soumis aux mêmes impératifs du réel, qui s'imposent avant tout programme électoral. Les messages dramatisants qui prédisent que le 6 mai est le dernier jour avant le début de l’enfer, me font rire : nous avons vécu aussi tranquillement les 14 ans de Mitterrand et des communistes, que les 14 dernières de la droite parlementaire. L’idée selon laquelle il y aurait en France 50% de saints, contre 50% de salauds, est une caricature. Et Monsieur Dupont, qui pense être Charlemagne quand, tremblant d'émotion, il entend le fier « A voté » du premier assesseur, n'est que Monsieur Dupont.

Alors ce que je crois utile, pour l'après Sarkozy, c'est à la fois simple et douloureux : c'est simplement de travailler au bien, avec ses talents particuliers, dans sa sphère d'influence, selon les circonstances offertes par l'existence. Les possibilités sont infinies, et les exemples nombreux, dont un certain nombre de chrétiens d'exception, remarquables.

Et puisque ici nous jugeons sans bienveillance le bilan de l'un, le projet de l'autre, et les intentions de tous électeurs, peut-être pouvons-nous aussi appliquer à notre propre cas la pratique traditionnelle de l'examen de conscience : dans l'ordre de l'action et du service, combien de moi-même ai-je donné, ces 5 dernières années, au service des valeurs que je veux défendre ? (y compris au sein de n'importe quel parti politique, quand il s'agit bien de défendre des valeurs, et non un parti). Quel exemple ai-je donné ? Combien d'heures de travail ? Combien d'intelligence ? Combien de moyens ? A combien d'actions ai-je participé ? Avec combien d'enthousiasme et de joie ai-je aimé ma patrie ?

Car le meilleur Président possible ne peut se passer de la vertu personnelle, ni de l'ardeur dans l'esprit de service, de chacun des citoyens.

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