Actualité de Nicolas de Hannappes

Rédigé par hamlet le 02 septembre 2018

Bien que datant de 2016, cet article de Jean-Pierre Maugendre n'a rien perdu de son actualité. Bien pire, les événements l'actualisent chaque jour davantage. Il devrait faire partie des texte à connaître par cœur, non seulement à l'ENA, mais aussi dans tous les séminaires.



Le 18 mai 1291, la ville fortifiée de Saint-Jean-d'Acre, ultime port croisé ayant résisté aux assauts des Mamelouks, tombait sous les assauts des troupes du sultan Al Ashraf Khalil. Cette chute marquait la fin de l'aventure des croisades en Orient. Parmi les nombreuses victimes se trouvait le patriarche latin de Jérusalem, Nicolas de Hannappes, religieux dominicain originaire des Ardennes. 

Pendant toute la durée du siège il avait été héroïque, soutenant le courage et l'ardeur des combattants. À l'heure de la fin, il avait embarqué à bord d'un navire mais, ne pouvant se résoudre à abandonner ses ouailles à leur triste sort, il avait exigé que l'on continuât d'accueillir à bord de son embarcation les fidèles qui fuyaient la ville assiégée. Le vaisseau surchargé finit par sombrer, entraînant dans l'abîme et la mort son équipage, les passagers et le patriarche lui-même. 

Est-il incongru d'observer que le patriarche, ainsi mu par une compassion aussi puissante que désordonnée, n'avait fait, concrètement, qu'ajouter du malheur au drame en cours ? Quelles leçons tirer de ce tragique événement ? 

La responsabilité des autorités politiques

À bord d’un navire, le responsable devant Dieu et les hommes en est le commandant et pas l’aumônier ni le passager aussi prestigieux et titrés soient-ils. C’est le commandant qui connaît le nombre de personnes que son embarcation peut embarquer. Analogiquement ce sont les autorités politiques et non les autorités ecclésiastiques qui sont en charge de mesurer quelle part de « nouveaux arrivants » peuvent supporter les nations dont elles ont la responsabilité. Le rôle de l’Église est simplement d’exhorter à la générosité comme le fit par exemple Pie XII en 1948 s’adressant aux évêques américains : «La domination de chaque nation bien qu'elle doive être respectée ne peut être exagérée au point que, si un endroit quelconque de la terre offre la possibilité de faire vivre un grand nombre d'hommes, on n'en interdira pas, pour des motifs insuffisants et pour des causes non justifiées l'accès à des étrangers nécessiteux et honnêtes , sauf s'il existe des motifs d'utilité publique, à peser avec le plus grand scrupule ». 

La prudence, vertu politique

La prudence qui est l'appréciation raisonnable des faits est, par excellence, la vertu des chefs. Il n'est pas demandé à une idée d'être généreuse mais d'être juste, c'est-à-dire conforme à la réalité des faits. Notre erreur, cruelle, serait de croire que la bêtise est inoffensive. Concernant l'immigration extra-européenne qui déferle sur notre continent, la prudence recommanderait de ne laisser pénétrer sur notre sol que des populations disposées à s'intégrer à notre civilisation, effectivement victimes de persécution dans leurs pays et en nombre suffisamment faible pour qu'elles soient assimilables. 

La prise de décision juste n'est pas réductible aux grands principes, si généreux soient-ils en apparence, déconnectés de la réalité. Le nombre de passagers que peut embarquer le navire dépend, aussi, de l'état de la mer. Quand Nicolas Sarkozy déclarait à Sofia, le 5 octobre 2007 : «Chaque fois que quelqu'un est humilié, est persécuté, est opprimé, il devient automatiquement Français», la consternation du lecteur le disputait alors à la commisération. 

Nous sommes en guerre

De plus est-il utile de rappeler qu'une partie du monde musulman, en particulier sunnite, nous a déclaré la guerre ? Une réalité s'impose : il n'est pas impossible que parmi les réfugiés musulmans sunnites issus du Moyen-Orient se soient glissés quelques terroristes islamistes. Le souci de cohérence exige que les actions suivent les déclarations et qu'après avoir pris acte de l'état de guerre dans lequel nous nous trouvons les autorités politiques et ecclésiastiques en tirent les conséquences logiques. 

Le catéchisme de l'Église Catholique le rappelle justement § 2241 : «Les nations mieux pourvues sont tenues d'accueillir autant que faire se peut l'étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu'il ne peut trouver dans son pays d'origine. (…) Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont elles ont la charge subordonner l'exercice du droit d'immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l'égard du pays d'adoption. L'immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d'accueil, d'obéir à ses lois et de contribuer à ses charges.» 

Forts de cet enseignement nous voilà habilités à rappeler à tous les héritiers spirituels, l'abnégation et le dévouement en moins, de Nicolas de Hannappes – ecclésiastiques dévoyés ou idéologues déracinés –, que nous ne laisserons pas le navire qui porte le beau nom de France être submergé au-delà de ses capacités d'accueil par des populations qui, loin de fuir le joug islamique, en sont, aujourd'hui, trop souvent les complices. 

Jean-Pierre Maugendre

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L'Obs en flagrant délit de bon sens

Rédigé par hamlet le 13 février 2018

D'habitude, le rôle de l'enfant qui s'exclame que le roi est nu incombe à un illuminé isolé, une feuille de chou paroissiale, ou une radio périphérique. Mais il est des circonstances étranges où cette loi d'airain trouve des exceptions, et ici, c'est l'Obs, grand media mainstream, qui nous l'offre. Dans cette video de 5 minutes, le journaliste du grand hebdomadaire explique à quel point la voiture électrique est une escroquerie scientifique, économique, politique, et écologique. Avec la bénédiction de l'état.

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Macron, séductions et révulsions

Rédigé par hamlet le 18 juin 2017

Beaucoup d'éditorialistes se sont interrogés pour savoir vers où le président Macron voulait emmener le pays. La réponse est-elle si difficile ?

Du temps qu'il était ministre de François Hollande, Emmanuel Macron s'était distingué par une importante capacité de travail. Les images du jeune ministre, discutant pied à pied et point à point en commission parlementaire, ont marqué les mémoires. Travailleur appliqué mais ministre médiocre, son effort fut sanctionné en proportion inverse des trésors d'énergie qu'il avait dépensé : malgré son adoption par la force - l'utilisation à deux reprises de l'article 49.3 - il serait difficile de démontrer que le résultat global de la loi Macron I soit positif, quand il serait mesurable. A tel point que François Hollande en décida de remettre la loi Macron II aux calendes grecques. C'était prudent.

Pourtant, les plus réfractaires au charme envoûtant du nouveau Président ne pourront refuser de lui reconnaître une remarquable audace. Tenir - et réussir - le pari d'"En Marche", il fallait quand même oser. Ils lui reconnaîtront également, même si elle a été soutenue par le dernier cri des techniques numériques, une habileté peu commune en matière de communication. Emblématique, l'utilisation immodérée du mantra incantatoire "et en même temps", qui lui a permis de parler avec un égal bonheur à ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. N'est-ce pas cela, "rassembler" ? Et quelle réussite que cette mise en scène de son entrée en fonction, le soir du 7 mai, dans la cour du Louvre, où il avait su utiliser les symboles qui parlent au vieux Pays, et retrouver des accents régaliens qu'on croyait oubliés.

Audace et habileté sont des qualités indiscutables de notre nouveau chef d'État. Pour autant, suffisent-elles ?

Certes, Emmanuel Macron, pendant la campagne présidentielle, a dit à peu près tout et son contraire, entre deux formules vides de sens, et quelquefois niaises. Et jusqu'à ce jour du second tour des législatives, il s'est gardé d'une surexposition médiatique, imposant aux candidats présentés par son parti de faire de même. Ce qui lui permet notamment de masquer l'amateurisme de certains de ses impétrants, et de capitaliser sur l'effet positif du raz-de-marée macronien de l'élection présidentielle. Les images se gravent aussi en creux.

Quelques promesses de campagnes ont été opportunément abandonnées, moins de deux mois après son élection. Ainsi en est-il de la singulière proposition d'un retour au service militaire, ou du moins d'un service militaire réduit à un étiage tellement bas - un mois - qu'il n'aurait pas eu grand chose d'un service, ni rien de militaire. Ainsi est-il possible de parler à l'extrême-droite (le service), à la droite (un seul mois), et à la gauche, qui n'était pas assez aveugle pour ne pas voir que le projet était impossible à réaliser, faute de l'encadrement humain indispensable, et des infrastructures militaires nécessaires, régulièrement aliénées depuis 1996. Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.

Quelques affaires auront aussi été opportunément étouffées. Ainsi en est-il de Richard Ferrand. Si les costumes de Fillon lui ont valu une veste taillée sur mesure, les affaires immobilières de Richard Ferrand ont laissé de marbre enquêteurs, moralistes et autres gardiens sourcilleux de la moralité publique, réunis sous le haut-patronage de François Bayrou. Aucune enquête non plus sur les soupçons de détournement de fonds européens touchant ce même François Bayrou, mais aussi Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard. Et l'emploi de la femme de Bruno Le Maire ne fera pas non plus l'objet de remarques qui seraient déplacées. En France, monsieur, on respecte les dames.

Le thriller haletant de l'affaire Grégory, vieille de trente ans, concentrant l'attention des médias mainstream, il leur aura été impossible de s'interroger sur quelques sujets intéressants, comme par exemple, les possibles conflits d'intérêts entre l'actuelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et son statut d'ancienne salariée de laboratoires pharmaceutiques.Ou les approximations dans le casting des législatives : En Marche y avait adopté un processus de sélection tellement sévère que Manuel Valls n'avait pas pu en réussir les épreuves, ce qui n'a pas suffi à éliminer quelques candidats aux casiers judiciaires insolites, ou la présentation de candidats qui ne l'étaient pas, à l'insu de leur plein gré. Ou bien de revenir sur les propos peu amènes tenus par certains ministres du nouveau gouvernement au sujet du nouveau président, et la solidité de convictions qui en découle. Ou encore sur les curiosités des déclarations de patrimoine du Président, dont il est bien le seul à comprendre la cohérence, ou la liste des donateurs de sa campagne, qui doit être particulièrement intéressante.

Il faudra également pardonner à Emmanuel Macron d'avoir utilisé des poncifs éculés et quelque peu insultants, par son triple pèlerinage d'entre les deux tours de la présidentielle. Visage sombre, œil noir, et cravate de même couleur, il s'est rendu à Oradour, puis au mémorial de la Shoah, et enfin à l'endroit où un malheureux marocain, Brahim Bouarram, s'était noyé, poussé par des skinheads, à peu près la même époque que le petit Grégory. Ces démarches assez peu subtiles visaient à rappeler au peuple la noirceur extrême des électeurs de Marine Le Pen, tous fils de nazis, de gardiens de camps de concentration, et ratonneurs amateurs à l'occasion. Le premier tour avait démontré qu'il y en avait 11 millions, c'était énorme, et il y avait tout à craindre du risque que ces gens-là font peser sur la démocratie.

Tout cela, est-ce important ? Pas tellement. Car au delà de l'écume de l'actualité, sur les lignes essentielles, il n'y a aucune surprise à attendre du règne quinquennal d'Emmanuel Macron.

Sur l'Europe, la vision Macronienne, nourrie au mondialisme Bilderbergien (il en fait partie, comme Edouard Philippe ou Sylvie Goulard), va dans le sens d'une intégration toujours plus poussée. En témoigne son projet de budget Européen, qui conduirait, pour simplifier, à ce que les riches payent les dettes des pauvres, dans l'achèvement complet de la perte de la responsabilité budgétaire - ne parlons plus de souveraineté - des nations européennes. Il n'est pas certain que l'excellente Mme Merkel pousse la générosité de l'Allemagne jusqu'à régler les dettes de la Grèce.

Sur l'immigration, aucune modification n'est à attendre. A coups de pratiques discriminatoires, de lois "antiracistes", et d'"opérations de sauvetage", nous allons continuer à faire venir des Africains pour peupler nos banlieues, et demain nos villes. Dès aujourd'hui, la proportion de bébés de souche africaine naissant en Ile-de-France est de l'ordre de 60%. Dès aujourd'hui, les français de souche sont minoritaires, largement, dans certains départements. Cela n'inquiète pas le président Macron, qui, il est vrai, manque un peu de pratique en cette matière : à qui n'a pas d'enfant de son sang, si une telle expression est encore permise, le souci de l'avenir est moins angoissant.

Qui dit immigration parle d'identité. Ce qui n'est pas un sujet pour celui qui dit n'avoir jamais vu la culture française. Qu'il ne soit pas ici fait de mauvais procès : nul n'ignore qu'un certain nombre de chefs-d'œuvres de notre culture sont le fait d'artistes venus d'outre-France. Ce n'est pas de cela dont il s'agit : le problème du président Macron est qu'au fond, il n'est pas sûr qu'il soit Français. Car, nous serons d'accord, être français n'est ni une question de race, ni une question de papiers : or le président Macron est trop progressiste pour être seulement Français. Il est avant tout un concept, neutre et presqu'angélique, d'être humain global, homo economicus globalis, sans racines charnelles, en plus d'être un excellent acteur (il est vrai qu'il a eu la chance de bénéficier d'une remarquable professeur de théâtre). Avec lui, l'expression "les miens" devient un non-sens. Les siens, c'est tout le monde, puisqu'une fois la notion de frontière suffisamment oubliée, le monde n'est plus qu'un vaste espace global : je suis chez moi là où je pose mon sac à dos, ou ma valise Vuitton, selon les réussites sociales. C'est ainsi que tous deviennent apatrides.

S'il est une promesse de campagne qui sera respectée, ce sera celle de la hausse de la CSG. Au moment de l'élection de Giscard, en 1974, la France utilisait 33,5% de son PIB en dépenses publiques. Giscard avait péremptoirement estimé qu'au delà de 40%, le pays entrait en socialisme. Élégant, il s'était attaché à n'atteindre "que" le pourcentage de 39,4% à la fin du mandat qui a vu arriver Mitterrand. Aujourd'hui, nous en sommes à 53 ou 57%, selon les modes de calculs. Allez-vous croire que ces prélèvements extravagants soient le mal nécessaire à une meilleure répartition des richesses ? Que non : si en 1955 il fallait 29 ans à un ouvrier pour atteindre le niveau de vie d'un cadre, il en faut 166 en 2013*. C'est d'ailleurs le reflet de ce qui se passe au niveau mondial.

Si le Président Hollande a mis le pied à l'étrier au Président Macron, il y a un point sur lequel le Nouveau s'oppose à l'Ancien : celui de la Finance. Elle était l'ennemie jurée du premier, disait-il, tandis que le second y cultive de précieuses amitiés. Son message sur l'ISF, pour symbolique qu'il soit, est limpide : cet impôt révolutionnaire sera maintenu, mais les revenus du capital ne seront plus intégrés au calcul. Ce que l'on pourra excuser de la part de l'ancien banquier qu'il fut, tant il est naturel de montrer de la gratitude à son ancien employeur, et de l'amitié à ses anciens collègues. Mais plus loin, Emmanuel Macron n'a pas retenu dans ses objectifs prioritaires de réduire notre déficit budgétaire. Si la faiblesse des taux d'intérêt permet aujourd'hui que la charge de la dette ne soit pas encore au delà de nos capacités de remboursement (à elle seule, aux alentours de 50 milliards d'euros, elle est quand même le deuxième budget de l'État, derrière l'Éducation, et absorbe en totalité l'impôt sur le revenu), il suffirait d'un souffle, d'un rien, pour que ce souffle devienne le dernier soupir de l'économie française. En attendant, le poids de la parole politique diminue chaque jour, devant celle des créanciers.

Macron est discret sur le sujet du chômage. Il faut dire aussi que le chômage est utile : il ne faudrait pas qu'une pression trop forte sur le marché de l'emploi ne soit la cause d'un relèvement des salaires, qui rendrait notre pays moins compétitif. Il est également discret sur le nombre des fonctionnaires, leur productivité, leur niveau de rémunération et de retraite, et les avantages indus dont certains bénéficient, tandis que d'autres, au contraire, sont toujours parmi les damnés de la terre. Le dialogue social reste chose compliquée dans notre pays, le régime des ordonnances va permettre d'y pallier.

Sur les retraites, Macron s'est montré novateur : il a promis qu'il n'y aurait plus qu'un seul régime de retraite, et qu'un euro cotisé rapporterait la même chose au cadre supérieur ou au salarié de base. Mais que cela se traduirait par une baisse de leurs montants. Il est plus que probable que seule la seconde partie de cette promesse se réalise.

En matière sociétale, le Président, réputé très ouvert, est encore plus progressiste que ne le fut Christiane Taubira. Gérald Darma­nin, son ministre de l'action et des comptes publics, anciennement de droite, et maintenant ni de droite ni de gauche, bien au contraire, n'a pas tardé à se faire épingler pour des propos hostiles à la loi Taubira, qu'il avait tenus à l'époque nauséabonde ou il était porte-parole de Nicolas Sarkozy. Il n'est pas certain que les fantaisies érotiques conjugales racontées par Bruno Le Maire, du temps où il émargeait à l'UMP et s'essayait à la littérature, suffisent à calmer les nouveaux inquisiteurs, toujours prêts à brûler de l'homophobe ou à casser du sexiste.

Ce qui change, ce sont les codes, les apparences, le discours, et le personnel politique. C'est l'apparente jeunesse. Macron est une sorte de réincarnation de Giscard, qui en son temps avait séduit la ménagère comme le manager, avec les mêmes arguments, pour aboutir au désastre que l'on sait. Ce qui ne change pas, c'est la ligne de fond, tant qu'il est vrai qu'il faut que "si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change". Jacques Attali a eu cette appréciation sévère : « De quoi Emmanuel Macron est-il le nom ? − Du vide. Du vide de la politique française. Il n’incarne que le vide de cette gauche qui veut à la fois être au pouvoir et ne pas y être parce qu’elle déteste la gauche de gouvernement. Il est de ceux qui rêvent que la gauche ne soit pas au pouvoir. Emmanuel Macron a un talent fou… Si seulement, il se saisissait d’un programme… »

Les seuls domaines où une amélioration est certaine, en dehors du cynisme politique, ce sont ceux de la communication et de l'image, dont Emmanuel Macron maîtrise parfaitement les codes. Ce qui est à la fois une force, et une faiblesse, car si la victoire d'Emmanuel Macron est due essentiellement à ce savoir-faire et à l'unanimité flagorneuse des médias mainstream, s'il s'avise de dévier de ce que veulent de lui les propriétaires de ces mêmes médias (une dizaine de personnes qui se connaissent et ont des intérêts convergents), l'arme de son succès pourrait aussi devenir la cause de sa chute.

Il reste à reconnaître que la France est maintenant beaucoup mieux représentée par ce Président juvénile au visage angélique, illuminé par un sourire irrésistible, plutôt que par le précédent qui, en plus de faire tomber le pluie, nous infligeait sa cravate de travers, ses manches de chemise tire-bouchonnées, et sa démarche embarrassée de pingouin égaré sur la banquise. Emmanuel Macron a bien compris, à juste titre, qu'une certaine verticalité était nécessaire au pouvoir, qu'il lui fallait renouer avec son antique sacralité, à tel point qu'il avait osé l'idée d'un "président jupitérien". Le lendemain de son élection, certains se sont étonnés qu'il ne guérisse pas les écrouelles. S'il est un peu jeune encore pour endosser le costume du dieu des dieux, force est de reconnaître qu'Emmanuel Macron a quelque chose d'un prince : il n'est pas impossible que ce soit celui du mensonge.

*L'express n°3441 du 14 au 20/06/2017
** Challenges, interview du 13/05/2016

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Anacyclose, le retour

Rédigé par hamlet le 04 mars 2017

"Historia est magistra vitae"(1) : c'était écrit en gros sur la première page de mon cahier d'Histoire de 6ème. Avant-hier...


C'est Platon qui formalisa le premier (dans La République, 315 avant JC) une théorie sur la succession des formes de gouvernement. Plus tard, elle fut développée par l'historien Polybe (200, 118 av. JC), illustrée par Cicéron (De Republica, 54 av JC), reprise 1500 ans après par Machiavel (1469-1527) puis par Rousseau et quelques auteurs plus modernes. N'ayant rien perdu de sa pertinence, elle témoigne qu'au fond, depuis ces 2300 ans, l'homme n'a qu'assez peu varié dans ses ressorts fondamentaux. Mais de quoi s'agit-il, qu'est-ce que l'anacyclose ?

Le terme d'anacyclose était employé par les astronomes Grecs, qui avaient constaté que le mouvement des étoiles les faisaient revenir de manière cyclique à leur exacte position de départ. L'analogie politique construite par Polybe tend à démontrer, de la même manière, que l'histoire des sociétés passe par six phases successives, pour revenir à la première, dans une succession déterminée.

L'organisation de la société n'est jamais le résultat du hasard, mais le plus souvent l'expression de règles qui 'appliquent à travers les contraintes de circonstances qui s'appliquent à elle. Ainsi, dans une société en crise profonde survient mécaniquement un homme providentiel, profitant du désordre de la crise pour s'emparer du pouvoir. Bien que porté, soutenu, protégé par les combattants du moment, il va user du pouvoir à titre personnel : la première phase est la monarchie.

Hélas, "tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser [...] il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir" (De l'esprit des Lois. Montesquieu 1748). C'est ainsi que le monarque, usant de l'arbitraire et de l'excès, fait glisser la monarchie vers la tyrannie.

Dans une tyrannie, ceux qui sont proches du pouvoir vont alors, faute de pouvoir le prendre, exiger de le partager. C'est le passage à l'aristocratie, "gouvernement des meilleurs", d'abord d'épée, puis de robe : "Cedant armae togae" (2) (Cicéron) : le légalisme devient l'outil de l'égalité.

Avec le temps la société se structure, les jalousies et les appétits augmentent, il faut composer avec ceux qui représentent une autre forme de pouvoir : les riches (la ploutocratie), les scientifiques et techniciens (la technocratie), les anciens (la gérontocratie), les travailleurs (Corporations, Unions syndicales), les médias (la médiacratie). L'alliance des uns et des autres mène à la quatrième étape, l'oligarchie : les forts, les riches, les intelligents, les expérimentés, les faiseurs d'opinion décident, en se recommandant d'un intérêt général qu'ils prennent soin de définir au mieux de leurs besoins.

Les éléments qui fondent le pouvoir de l'oligarchie ne parlent pas à l'âme des peuples. Aussi est-elle amenée à compenser ce déficit par des représentations symboliques (arbres, drapeaux, monuments, tombes) utiles pour maintenir sa prééminence. Pour "souder les équipes", elle est même prête à tuer le père (le monarque). L'efficacité de ces substituts n'étant pas éternelle, l'oligarchie décide alors de donner ou de laisser prendre au peuple, une partie du pouvoir en veillant à en perdre le moins possible. Elle glisse alors vers la démocratie, "le pire des systèmes à l'exception de tous les autres", selon Churchill, ou "le pouvoir pour les poux de manger les lions", selon Clémenceau. 

L'étape démocratique peut prendre diverses formes, de la démocratie directe Athénienne à la démocratie plus ou moins participative d'aujourd'hui, parée de telles vertus qu'il serait facile de l'imaginer comme un régime idéal, alors qu'elle n'est qu'un moment de l'évolution politique des corps sociaux. 

La démocratie finit elle aussi par ne pas durer, et dégénère vers l'ochlocratie, qui n'est plus le pouvoir du peuple (démos) mais de la foule (ochlos). La distinction, étudiée par Jean-Jacques Rousseau (le Contrat Social), est assez subtile : si l'essence de la démocratie est la recherche de la volonté générale, l'ocholocratie se cantonne aux intérêts des foules, et non de la population toute entière. L'État devient alors "la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde" (Frédéric Bastiat). Il en résulte un chaos général, qui ne pourra être maîtrisé par un homme providentiel, Napoléon 1er, Napoléon III, Clémenceau, ou de Gaulle, qui remettra l'anacyclose dans sa phase première.


Bien sûr, ces étapes ne se trouvent pas à l'état pur dans la nature, car d'une part les limites ne sont pas définies avec précision (par exemple, qui peut dire quand se termine la monarchie et commence la dictature ?), et elles ne s'excluent pas mutuellement (par exemple, certaines oligarchies peuvent subsister dans une démocratie).

Cependant, il peut être admis que la France parcours depuis quelques législatures les derniers stades de l'anacyclose. A cet égard, la fulgurante ascension d'Emmanuel Macron est symptomatique : soutenu par un système médiatique extrêmement puissant, avec une unanimité dont il ne reste plus d'exemple ailleurs qu'en Corée du nord, ce post-adolescent sans grande épaisseur humaine, avec un bilan gouvernemental particulièrement médiocre, qui n'était à l'origine qu'un pion dans une tactique imaginée par l'ancien président pour affaiblir ses adversaires, va devenir notre prochain dirigeant, principalement pour son physique avantageux et sa capacité, en toutes circonstance, à être d'accord avec cellzéceux de l'ensemble des parties, bien au contraire.

Selon Polybe, cette phase va donc nous mener à un chaos, qui devrait déboucher sur un retour au premier cycle de l'anacyclose.

(Merci à JBD)

1 "L'Histoire enseigne la vie" ou encore "le passé éclaire le futur" (Cicéron)
2 "Que les armes cèdent à la toge"
2 Voir à ce sujet : Totem et Tabou S. Freud

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L'attentat de la rue Nicolas-Appert

Rédigé par hamlet le 11 janvier 2015

L'attentat de Charlie Hebdo met en lumière les problèmes posés par l'Islam, en France mais aussi dans le monde.
Attentat Charlie HebdoLe 7 janvier 2015, deux individus font irruption dans les locaux de Charlie-Hebdo, à l'heure de la conférence de rédaction et tuent douze personnes, dont huit collaborateurs du journal et deux policiers, aux cris de « Allahou Akbar ». Ils réussisent à s'enfuir, et se retranchent dans une imprimerie à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne). Parallèlement, un individu réalise une prise d'otage dans une supérette kasher de Paris, tuant quatre israélites. Aux deux endroits, les forces de police donnent l'assaut et abattent les tueurs. 

S'ensuit une avalanche de réactions de toutes les autorités civiles et religieuses. Puis l'organisation d'une manifestation à Paris, le 11 janvier. En présence d'une cinquantaine de chefs d'Etat, François Hollande déclare que "Paris est aujourd'hui la capitale du monde. Le pays tout entier va se lever vers ce qu'il a de meilleur". Ce 11 janvier, tout le monde est Charlie. Ou presque.

Depuis de nombreuses années, personne en France n'ignorait qu'un jour, cela allait arriver. Ce qui était ignoré, c'était seulement le jour, et la cible. En témoigne le dispositif Vigipirate actuel, déployé dès 1991. Et nous connaissions également la nature de la menace, en l'occurrence un islam radicalisé, dont la progression est observée attentivement par les services de sécurité intérieure, qui ont déjoué discrètement de nombreuses tentatives terroristes ces dernières années.

Si l'on en croit l'opinion dominante, les pires racistes islamophobes sont Zemmour, Dieudonné, Soral, Camus, la famille Le Pen, et tout ce qui, de près ou de loin, peut être assimilé à l'extrème droite et à des opposants au "vivre-ensemble". C'est bien à ce titre que le parti de Marine Le Pen a été exclu des manifestations d'unité nationale autour des "valeurs de la République". Mais au lieu de ces monstres, les tueurs ont choisi pour cible les collaborateurs d'un journal à la gloire éteinte, tirant péniblement à 30.000 exemplaires. Certes le fond de commerce de Charlie était l'irrévérence vis à vis des musulmans, comme des chrétiens ou des juifs, mais personne ne se serait risqué à leur faire un procès pour islamophobie. Les réactions officielles auraient été probablement plus embarrassées si les terroristes avaient fait un choix plus conforme à la logique, en abattant Zemmour ou Marine Le Pen, par exemple.

Les méthodes du terrorisme évoluent, passant de l'utilisation des moyens exceptionnels du 11 septembre à des moyens économiques, vidéos de décapitations, ou utilisation de tueurs amateurs à Toulouse. Rue Nicolas-Appert, nous sommes face à un commando léger, mais de tueurs aguerris : ils agissent sans précipitation (prenant le temps d'identifier leurs cibles avec certitude), maîtrisant sans difficulté la protection policière dont bénéficiait Charb, avec précision (ils tirent au coup par coup, et les impacts de balles sur la voiture de police sont remarquablement groupés), et dans une cynique indifférence (ils abattent froidement, d'une seule balle tirée en courant, un policier à terre). Un point reste à améliorer, cette habitude curieuse, comme dans le cas du 11 septembre, de se munir de papiers d'identité et de les abandonner sur place. Il reste qu'avec seulement deux personnes et très peu de moyens, ils ont créé un choc comparable à celui du 11 septembre. 

Si les moyens changent, la stratégie reste apparemment la même : il s'agit de créer une fracture, ou de l'accentuer, entre la faction française plus ou moins hostile à l'Islam, et celle des musulmans, estimée à 7 millions par Dalil Boubakeur. Déjà, des violences islamophobes ou francophobes, ou des actions de piratage menées par des activistes islamistes. Piège simple, mais qui a fait la preuve de son efficacité par le passé, notamment en Algérie. Difficile de dire quelle sera la prochaine cible : peut-être un lieu israélite, mais plus vraisemblablement tout objectif susceptible d'accentuer cette fracture.

Pendant que Paris s'autoproclamait capitale mondiale et pleurait ses caricaturistes, personne n'a eu de pensée pour Raif Badawi, en Arabie Saoudite, et personne n'a porté de pancarte "Je suis Asia Bibi". Pas un mot pour l'attentat de l'avant-veille : dans un marché bondé de Maiduguri, au nord-est du Nigeria, une bombe attachée sur une fillette d'une dizaine d'années a tué vingt personnes et en a blessé grièvement dix-huit autres, qui n'avaient rien demandée, ni insulté personne. Auteur présumé, Boko Haram, secte d'inspiration salafiste qui commet meurtre sur meurtre et enlèvement sur enlèvement au Nigeria. D'après Amnesty International, ils y ont tué au moins 2000 personnes ces six derniers mois. Personne n'a parlé des Irakiens, qui fuient les tueurs et les violeurs de l'Etat Islamique. Ils ont une branche en Libye, aussi, qui y comment les mêmes exactions, et vient de tuer deux journalistes tunisiens. Pas de manifestation pour les 132 enfants tués en Afghanistan par les talibans. Personne n'a manifesté pour les Syriens, où les djihadistes ont remis en honneur la crucifixion pour ceux qui refusent de prononcer la chahada (profession de foi musulmane). Et la Somalie. Et la Corée du Nord. Et tant d'autres...

L'UOIF, comme le CFCM, ont produit des communiqués condamnant ces attentats. Cependant, aucun de ces deux communiqués d'organisations confessionnelles n'affirment formellement que l'acte est contraire à l'Islam ou aux volontés du Prophète. Le bât blesse à l'endroit de certaines sourates, qui sont littéralement des appels au meurtre. Tant que l'Islam n'aura pas réglé le problème d'interprétation de ces sourates, nous aurons d'autre Charlie, et ce n'est pas le nihilisme occidental qui pourra les aider. Voix exceptionnelle autant que courageuse, le Maréchal-Président Al Sissi, devant une des plus prestigieuses instance intellectuelles musulmanes, la mosquée Al-Azhar, venait d'appeler le monde islamique à réfléchir sur une adaptation urgence du discours islamique. Sans commentaires de la part des instances musulmanes sur le sol de France.

En attendant, que faire de l'Islam en France ? Au lendemain de cette manifestation monstre, la France va chercher des réponses. Avec des contraintes qui n'existaient pas il y a quarante ans. Eu égard au courage et à la créativité de notre classe politique, engluée intellectuellement dans un nihilisme stérile, il est probable que ces réponses ne soient que des ajustements paramétriques des réponses précédentes : plus de dispositifs sécuritaires, et moins de libertés. Mais comme en face, les curseurs bougent plus vite, nous aurons d'autres Charlie tant que nous ne nous intéresserons pas aux causes. C'est dire si tout optimisme est déplacé pour les années qui viennent.

Alors c'est bien, d'être Charlie. Moi, c'est France, et c'est Liberté.

Classé dans : Société - Mots clés : attentat, islam, charlie, identité, immigration, religion - 13 commentaires

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