Macron, séductions et révulsions

Rédigé par hamlet le 18 juin 2017

Beaucoup d'éditorialistes se sont interrogés pour savoir vers où le président Macron voulait emmener le pays. La réponse est-elle si difficile ?

Du temps qu'il était ministre de François Hollande, Emmanuel Macron s'était distingué par une importante capacité de travail. Les images du jeune ministre, discutant pied à pied et point à point en commission parlementaire, ont marqué les mémoires. Travailleur appliqué mais ministre médiocre, son effort fut sanctionné en proportion inverse des trésors d'énergie qu'il avait dépensé : malgré son adoption par la force - l'utilisation à deux reprises de l'article 49.3 - il serait difficile de démontrer que le résultat global de la loi Macron I soit positif, quand il serait mesurable. A tel point que François Hollande en décida de remettre la loi Macron II aux calendes grecques. C'était prudent.

Pourtant, les plus réfractaires au charme envoûtant du nouveau Président ne pourront refuser de lui reconnaître une remarquable audace. Tenir - et réussir - le pari d'"En Marche", il fallait quand même oser. Ils lui reconnaîtront également, même si elle a été soutenue par le dernier cri des techniques numériques, une habileté peu commune en matière de communication. Emblématique, l'utilisation immodérée du mantra incantatoire "et en même temps", qui lui a permis de parler avec un égal bonheur à ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. N'est-ce pas cela, "rassembler" ? Et quelle réussite que cette mise en scène de son entrée en fonction, le soir du 7 mai, dans la cour du Louvre, où il avait su utiliser les symboles qui parlent au vieux Pays, et retrouver des accents régaliens qu'on croyait oubliés.

Audace et habileté sont des qualités indiscutables de notre nouveau chef d'État. Pour autant, suffisent-elles ?

Certes, Emmanuel Macron, pendant la campagne présidentielle, a dit à peu près tout et son contraire, entre deux formules vides de sens, et quelquefois niaises. Et jusqu'à ce jour du second tour des législatives, il s'est gardé d'une surexposition médiatique, imposant aux candidats présentés par son parti de faire de même. Ce qui lui permet notamment de masquer l'amateurisme de certains de ses impétrants, et de capitaliser sur l'effet positif du raz-de-marée macronien de l'élection présidentielle. Les images se gravent aussi en creux.

Quelques promesses de campagnes ont été opportunément abandonnées, moins de deux mois après son élection. Ainsi en est-il de la singulière proposition d'un retour au service militaire, ou du moins d'un service militaire réduit à un étiage tellement bas - un mois - qu'il n'aurait pas eu grand chose d'un service, ni rien de militaire. Ainsi est-il possible de parler à l'extrême-droite (le service), à la droite (un seul mois), et à la gauche, qui n'était pas assez aveugle pour ne pas voir que le projet était impossible à réaliser, faute de l'encadrement humain indispensable, et des infrastructures militaires nécessaires, régulièrement aliénées depuis 1996. Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.

Quelques affaires auront aussi été opportunément étouffées. Ainsi en est-il de Richard Ferrand. Si les costumes de Fillon lui ont valu une veste taillée sur mesure, les affaires immobilières de Richard Ferrand ont laissé de marbre enquêteurs, moralistes et autres gardiens sourcilleux de la moralité publique, réunis sous le haut-patronage de François Bayrou. Aucune enquête non plus sur les soupçons de détournement de fonds européens touchant ce même François Bayrou, mais aussi Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard. Et l'emploi de la femme de Bruno Le Maire ne fera pas non plus l'objet de remarques qui seraient déplacées. En France, monsieur, on respecte les dames.

Le thriller haletant de l'affaire Grégory, vieille de trente ans, concentrant l'attention des médias mainstream, il leur aura été impossible de s'interroger sur quelques sujets intéressants, comme par exemple, les possibles conflits d'intérêts entre l'actuelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et son statut d'ancienne salariée de laboratoires pharmaceutiques.Ou les approximations dans le casting des législatives : En Marche y avait adopté un processus de sélection tellement sévère que Manuel Valls n'avait pas pu en réussir les épreuves, ce qui n'a pas suffi à éliminer quelques candidats aux casiers judiciaires insolites, ou la présentation de candidats qui ne l'étaient pas, à l'insu de leur plein gré. Ou bien de revenir sur les propos peu amènes tenus par certains ministres du nouveau gouvernement au sujet du nouveau président, et la solidité de convictions qui en découle. Ou encore sur les curiosités des déclarations de patrimoine du Président, dont il est bien le seul à comprendre la cohérence, ou la liste des donateurs de sa campagne, qui doit être particulièrement intéressante.

Il faudra également pardonner à Emmanuel Macron d'avoir utilisé des poncifs éculés et quelque peu insultants, par son triple pèlerinage d'entre les deux tours de la présidentielle. Visage sombre, œil noir, et cravate de même couleur, il s'est rendu à Oradour, puis au mémorial de la Shoah, et enfin à l'endroit où un malheureux marocain, Brahim Bouarram, s'était noyé, poussé par des skinheads, à peu près la même époque que le petit Grégory. Ces démarches assez peu subtiles visaient à rappeler au peuple la noirceur extrême des électeurs de Marine Le Pen, tous fils de nazis, de gardiens de camps de concentration, et ratonneurs amateurs à l'occasion. Le premier tour avait démontré qu'il y en avait 11 millions, c'était énorme, et il y avait tout à craindre du risque que ces gens-là font peser sur la démocratie.

Tout cela, est-ce important ? Pas tellement. Car au delà de l'écume de l'actualité, sur les lignes essentielles, il n'y a aucune surprise à attendre du règne quinquennal d'Emmanuel Macron.

Sur l'Europe, la vision Macronienne, nourrie au mondialisme Bilderbergien (il en fait partie, comme Edouard Philippe ou Sylvie Goulard), va dans le sens d'une intégration toujours plus poussée. En témoigne son projet de budget Européen, qui conduirait, pour simplifier, à ce que les riches payent les dettes des pauvres, dans l'achèvement complet de la perte de la responsabilité budgétaire - ne parlons plus de souveraineté - des nations européennes. Il n'est pas certain que l'excellente Mme Merkel pousse la générosité de l'Allemagne jusqu'à régler les dettes de la Grèce.

Sur l'immigration, aucune modification n'est à attendre. A coups de pratiques discriminatoires, de lois "antiracistes", et d'"opérations de sauvetage", nous allons continuer à faire venir des Africains pour peupler nos banlieues, et demain nos villes. Dès aujourd'hui, la proportion de bébés de souche africaine naissant en Ile-de-France est de l'ordre de 60%. Dès aujourd'hui, les français de souche sont minoritaires, largement, dans certains départements. Cela n'inquiète pas le président Macron, qui, il est vrai, manque un peu de pratique en cette matière : à qui n'a pas d'enfant de son sang, si une telle expression est encore permise, le souci de l'avenir est moins angoissant.

Qui dit immigration parle d'identité. Ce qui n'est pas un sujet pour celui qui dit n'avoir jamais vu la culture française. Qu'il ne soit pas ici fait de mauvais procès : nul n'ignore qu'un certain nombre de chefs-d'œuvres de notre culture sont le fait d'artistes venus d'outre-France. Ce n'est pas de cela dont il s'agit : le problème du président Macron est qu'au fond, il n'est pas sûr qu'il soit Français. Car, nous serons d'accord, être français n'est ni une question de race, ni une question de papiers : or le président Macron est trop progressiste pour être seulement Français. Il est avant tout un concept, neutre et presqu'angélique, d'être humain global, homo economicus globalis, sans racines charnelles, en plus d'être un excellent acteur (il est vrai qu'il a eu la chance de bénéficier d'une remarquable professeur de théâtre). Avec lui, l'expression "les miens" devient un non-sens. Les siens, c'est tout le monde, puisqu'une fois la notion de frontière suffisamment oubliée, le monde n'est plus qu'un vaste espace global : je suis chez moi là où je pose mon sac à dos, ou ma valise Vuitton, selon les réussites sociales. C'est ainsi que tous deviennent apatrides.

S'il est une promesse de campagne qui sera respectée, ce sera celle de la hausse de la CSG. Au moment de l'élection de Giscard, en 1974, la France utilisait 33,5% de son PIB en dépenses publiques. Giscard avait péremptoirement estimé qu'au delà de 40%, le pays entrait en socialisme. Élégant, il s'était attaché à n'atteindre "que" le pourcentage de 39,4% à la fin du mandat qui a vu arriver Mitterrand. Aujourd'hui, nous en sommes à 53 ou 57%, selon les modes de calculs. Allez-vous croire que ces prélèvements extravagants soient le mal nécessaire à une meilleure répartition des richesses ? Que non : si en 1955 il fallait 29 ans à un ouvrier pour atteindre le niveau de vie d'un cadre, il en faut 166 en 2013*. C'est d'ailleurs le reflet de ce qui se passe au niveau mondial.

Si le Président Hollande a mis le pied à l'étrier au Président Macron, il y a un point sur lequel le Nouveau s'oppose à l'Ancien : celui de la Finance. Elle était l'ennemie jurée du premier, disait-il, tandis que le second y cultive de précieuses amitiés. Son message sur l'ISF, pour symbolique qu'il soit, est limpide : cet impôt révolutionnaire sera maintenu, mais les revenus du capital ne seront plus intégrés au calcul. Ce que l'on pourra excuser de la part de l'ancien banquier qu'il fut, tant il est naturel de montrer de la gratitude à son ancien employeur, et de l'amitié à ses anciens collègues. Mais plus loin, Emmanuel Macron n'a pas retenu dans ses objectifs prioritaires de réduire notre déficit budgétaire. Si la faiblesse des taux d'intérêt permet aujourd'hui que la charge de la dette ne soit pas encore au delà de nos capacités de remboursement (à elle seule, aux alentours de 50 milliards d'euros, elle est quand même le deuxième budget de l'État, derrière l'Éducation, et absorbe en totalité l'impôt sur le revenu), il suffirait d'un souffle, d'un rien, pour que ce souffle devienne le dernier soupir de l'économie française. En attendant, le poids de la parole politique diminue chaque jour, devant celle des créanciers.

Macron est discret sur le sujet du chômage. Il faut dire aussi que le chômage est utile : il ne faudrait pas qu'une pression trop forte sur le marché de l'emploi ne soit la cause d'un relèvement des salaires, qui rendrait notre pays moins compétitif. Il est également discret sur le nombre des fonctionnaires, leur productivité, leur niveau de rémunération et de retraite, et les avantages indus dont certains bénéficient, tandis que d'autres, au contraire, sont toujours parmi les damnés de la terre. Le dialogue social reste chose compliquée dans notre pays, le régime des ordonnances va permettre d'y pallier.

Sur les retraites, Macron s'est montré novateur : il a promis qu'il n'y aurait plus qu'un seul régime de retraite, et qu'un euro cotisé rapporterait la même chose au cadre supérieur ou au salarié de base. Mais que cela se traduirait par une baisse de leurs montants. Il est plus que probable que seule la seconde partie de cette promesse se réalise.

En matière sociétale, le Président, réputé très ouvert, est encore plus progressiste que ne le fut Christiane Taubira. Gérald Darma­nin, son ministre de l'action et des comptes publics, anciennement de droite, et maintenant ni de droite ni de gauche, bien au contraire, n'a pas tardé à se faire épingler pour des propos hostiles à la loi Taubira, qu'il avait tenus à l'époque nauséabonde ou il était porte-parole de Nicolas Sarkozy. Il n'est pas certain que les fantaisies érotiques conjugales racontées par Bruno Le Maire, du temps où il émargeait à l'UMP et s'essayait à la littérature, suffisent à calmer les nouveaux inquisiteurs, toujours prêts à brûler de l'homophobe ou à casser du sexiste.

Ce qui change, ce sont les codes, les apparences, le discours, et le personnel politique. C'est l'apparente jeunesse. Macron est une sorte de réincarnation de Giscard, qui en son temps avait séduit la ménagère comme le manager, avec les mêmes arguments, pour aboutir au désastre que l'on sait. Ce qui ne change pas, c'est la ligne de fond, tant qu'il est vrai qu'il faut que "si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change". Jacques Attali a eu cette appréciation sévère : « De quoi Emmanuel Macron est-il le nom ? − Du vide. Du vide de la politique française. Il n’incarne que le vide de cette gauche qui veut à la fois être au pouvoir et ne pas y être parce qu’elle déteste la gauche de gouvernement. Il est de ceux qui rêvent que la gauche ne soit pas au pouvoir. Emmanuel Macron a un talent fou… Si seulement, il se saisissait d’un programme… »

Les seuls domaines où une amélioration est certaine, en dehors du cynisme politique, ce sont ceux de la communication et de l'image, dont Emmanuel Macron maîtrise parfaitement les codes. Ce qui est à la fois une force, et une faiblesse, car si la victoire d'Emmanuel Macron est due essentiellement à ce savoir-faire et à l'unanimité flagorneuse des médias mainstream, s'il s'avise de dévier de ce que veulent de lui les propriétaires de ces mêmes médias (une dizaine de personnes qui se connaissent et ont des intérêts convergents), l'arme de son succès pourrait aussi devenir la cause de sa chute.

Il reste à reconnaître que la France est maintenant beaucoup mieux représentée par ce Président juvénile au visage angélique, illuminé par un sourire irrésistible, plutôt que par le précédent qui, en plus de faire tomber le pluie, nous infligeait sa cravate de travers, ses manches de chemise tire-bouchonnées, et sa démarche embarrassée de pingouin égaré sur la banquise. Emmanuel Macron a bien compris, à juste titre, qu'une certaine verticalité était nécessaire au pouvoir, qu'il lui fallait renouer avec son antique sacralité, à tel point qu'il avait osé l'idée d'un "président jupitérien". Le lendemain de son élection, certains se sont étonnés qu'il ne guérisse pas les écrouelles. S'il est un peu jeune encore pour endosser le costume du dieu des dieux, force est de reconnaître qu'Emmanuel Macron a quelque chose d'un prince : il n'est pas impossible que ce soit celui du mensonge.

*L'express n°3441 du 14 au 20/06/2017
** Challenges, interview du 13/05/2016

Classé dans : Société, Politique, Histoire - Mots clés : Macron, dépense publique, Europe, grand remplacement - Aucun commentaire

Pour qui voterez-vous en 2017 ?

Rédigé par hamlet le 04 septembre 2016

Pour 2017, la même question se pose qu'en 2012 : pour qui voter ? Les formations politiques se chargent de faire un premier choix, ce qui n'est pas vraiment démocratique. Mais parmi ceux qui seront dument adoubés par leur formation, est-il un vote nécessaire ou utile à l'homme de droite ?
Évacuons tout d'abord les questions exégétiques portant pointilleusement sur les points particuliers des programmes.
 
En effet, très peu d'électeurs prennent le soin d'une lecture, même rapide, du détail des programmes. Nous votons sur l'image et les croyances se rapportant aux candidats, rarement sur une comparaison pondérée des différentes propositions. D'autre part, le rapport entre programme et réalisations est lointain, et quelquefois même inverse : qui se proclamait en 2012 "ennemi du monde de la finance" s'est empressé de nommer un ancien de Rothschild comme ministre de l'Économie. Avec les résultats que l'on sait.

Ce qui compte, avant le détail du programme, c'est la vision générale. Soit celle de gauche, avec son cortège d'irresponsabilisations et d'utopies, ou bien celle de droite, avec son cortège de lâchetés et d'appétits mercantiles.

Évacuons tout d'abord les questions exégétiques portant pointilleusement sur les points particuliers des programmes.
 
En effet, très peu d'électeurs prennent le soin d'une lecture, même rapide, du détail des programmes. Nous votons sur l'image et les croyances se rapportant aux candidats, rarement sur une comparaison pondérée des différentes propositions. D'autre part, le rapport entre programme et réalisations est lointain, et quelquefois même inverse : qui se proclamait en 2012 "ennemi du monde de la finance" s'est empressé de nommer un ancien de Rothschild comme ministre de l'Économie. Avec les résultats que l'on sait.

Ce qui compte, avant le détail du programme, c'est la vision générale. Soit celle de gauche, avec son cortège d'irresponsabilisations et d'utopies, ou bien celle de droite, avec son cortège de lâchetés et d'appétits mercantiles.

Entendons-nous sur les mots : être "de droite" signifie ici, avant toute adhésion à quelque formation que ce soit, un attachement courageux, car ce n'est pas dans le repos que se trouve la vertu, aux valeurs de civilisation traditionnelles. En l'occurrence, celles qui ont prévalu en France pendant une quinzaine de siècles et en ont permis la construction.

Ainsi, pour l'homme de droite, la question de l'identité, redécouverte opportunément par nombre de ténors politiciens, est l'une des principales. Fondamentalement, l'homme de droite n'a aucune envie de vivre dans le monde rêvé par Jacques Attali, Nathalie Kosciusko, ou Emmanuel Macron, dut-il pour cela consentir à un moindre confort ou à un moindre niveau de vie. Son désir est de vivre dans un monde qui soit dans la continuité de celui de son père et du père de son père, un monde qui lui ressemble, qui nous ressemble, pour autant qu'il conçoive la nation comme l'extension de la notion de famille, et le monde comme riche en territoires distincts où les peuples peuvent vivre dans leurs spécificités : avant d'être ce qui nous sépare, une frontière est ce qui nous définit, et nous permet de faire vivre ces différences dont certaines sont enrichissantes, tout l'inverse des projets globalisants actuels.

Or la droite parlementaire, tout particulièrement depuis le septennat de Giscard, s'est attachée à justifier la remarque élégamment désespérée de Ghislain de Diesbach : la France est gouvernée par deux grands partis de gauche, dont l'un s'appelle la droite. 

Les résultats en sont frappants : pour prendre un exemple, la population du "9-3" est d'un million et demi d'habitants : 500.000 sont titulaires d'une carte de séjour, 500.000 sont des français administratifs, par droit du sol, et il ne reste que 500.000 français autochtones, âgés et cherchant à quitter le département (1). Cette situation emblématique est celle de la France toute entière dans très peu de temps, avec son cortège de difficultés, de drames, et de coûts inhérents. Implacables, les statistiques de dépistage de la dépanocytose établissent qu'actuellement en Ile de France, 6 bébés sur 10 sont d'origine africaine. Autre parallèle glaçant : le nombre d'immigrés s'installant en France depuis trente ans est à peu près le même que celui des avortements : 200.000. En arrondis, 600.000 personnes meurent chaque année en France, et sont remplacées par 800.000 naissances, dont la moitié sont africaines. Chiffres qui ne sont en rien comparables à ceux qui ont prévalu dans l'histoire de France, depuis quinze siècles.

Non seulement ce qui fait notre spécificité comme communauté et comme nation disparaît avec une vitesse inattendue, mais encore ce qu'il en reste est-il divisé en deux blocs prêts à s'entre-déchirer : ceux qui aiment cette civilisation et veulent qu'elle perdure, et ceux qui veulent en imposer l'auto-disparition, phénomène particulièrement visible dans l'Allemagne d'Angela Merkel. 

Pour avoir dénoncé ce péril, la droite patriotique est méprisée, insultée, haïe, combattue chaque jour par tous les moyens depuis quarante ans, par une caste dirigeante qui a imaginé pour la France un modèle multiculturel désincarné, et le lui a imposé délibérément. Une des dernières mesures en date est la dépénalisation de l'aide aux personnes sans papiers sur le territoire national : personne ne peut prétendre, comme à l'accoutumée, que cette loi a été imposée par Bruxelles, ou découle de Schengen.

Notre agonie charnelle est d'autant plus dangereuse qu'elle est confortable. Comme sur le Titanic, l'orchestre joue encore. Mais bercés par les sirènes du vivre-ensemble et du relativisme généralisé, nous entrons maintenant dans un monde multi-culturel, multi-ethnique, multi-religieux, et surtout multi-problématique, dans lequel nous ne somme déjà plus qu'une minorité dérangeante.

Comment un homme de droite pourrait-il envisager de donner sa voix à ceux de ces groupes qui ont planifié avec tant de constance le remplacement délibéré de notre civilisation par une autre civilisation sans avenir pérenne, car faite de communautés n'ayant rien à partager entre elles, quand elles ne sont pas ennemies ? Comment un homme de droite pourrait-il donner sa voix à ceux qu'il l'ont trahi avec tant de persévérance. Comment un homme de droite pourrait-il donner sa voix à un candidat dont même Jean d'Ormesson s'est rendu compte qu'il n'était qu'un Hollande de gauche ?

Dans toute situation, il reste autant d'espoirs que d'hommes, pour peu ici qu'ils s'attellent à infléchir positivement l'erre du paquebot France. Pour cela, il faut du courage, qui est bien la dernière qualité de nos gouvernants. Il y faut aussi de l'enracinement, seconde qualité qui leur manque, eux qui parlent "des Français" comme d'une espèce de cobayes. Pour donner du courage et de l'enracinement aux responsables politiques, pour droitiser la droite, en dehors des solutions inconstitutionnelles testées en avril 1961, il n'y a qu'une solution qui s'offre au vulgum pecus, c'est simplement de parler le plus fort possible, au risque, parfois, de l'excès.

Pourquoi certains leaders du parti Républicain droitifient-ils leurs discours ? Il est permis de penser que c'est moins pour des convictions profondes qu'à cause de l'émergence de courants patriotiques, qualifiés au passage d'un méprisant "populistes". Nous entendrions beaucoup moins de rodomontades, mais aussi de propositions positives, si les orateurs de droite qui les prononcent n'étaient pas protégés sur leur droite par une infanterie qui leur sert de confortable flanc-garde.

C'est l'utilité de Sens Commun, qui peine à exister dans l'appareil LR, tant il est vrai qu'il faut de grandes fourchettes à qui veut diner avec le diable. C'est l'utilité de la Droite Forte, marquée cependant par la versatilité de Guillaume Pelletier. C'est l'utilité de l'Avant-Garde, de Beigbeder et Millon (Vanneste étant considéré comme aussi peu fiable qu'il est bavard). C'est l'utilité de DLR, avec l'inoxydable Dupont-Aignan. C'est l'utilité du PCD, qui vient de trouver, par la qualité et l'indépendance de réflexion de son président, Jean-Frédéric Poisson, une crédibilité inattendue. C'est l'utilité d'autres formations plus confidentielles, ou d'initiatives personnelles. C'est surtout l'utilité du Front National, mené par Marine Le Pen, et sa nièce Marion, la plus jeune des députés de France.

Certes, ce parti suscite des objections plus ou moins justifiées : certaines positions peu catholiques, certaines fréquentations discutables, un glissement vers un certain étatisme économique, et un discours anti-européen qui peut effrayer. Sur ce dernier point, toutefois, la meilleure ennemie de l'Europe n'est pas Marine Le Pen, mais bien l'Europe elle même, incapable de se remettre en question après la sortie des Britanniques, s'obstinant à réglementer la courbure des concombres ou a imposer des traités de commerce secrets, alors que les grandes questions de défense, de migrants, de subsidiarité, et là encore, d'identité, ne sont pas traitées sérieusement.

Parmi les possibilités ouvertes à l'homme de droite, il en est deux particulièrement utiles. La première est de soutenir sans modération Jean-Frédéric Poisson, qui est le seul candidat de la primaire à faire preuve d'une étonnante indépendance d'esprit, tout autant que de convictions personnelles argumentées et sincères (en dépit de l'incompréhension que suscite ses relations avec Juppé). La seconde est de voter au premier tour pour Marine Le Pen sans aucun état d'âme, comme le moyen le plus efficace de redonner des valeurs de Droite à la droite parlementaire. Pour le second, quartier libre.



1 Xavier Lemoine, cité par Beigbeder dans "Charnellement de France" (lecture recommandée)

Classé dans : Politique, Histoire, Points de vue - Mots clés : 2017, élections, identité, présidentielles - 4 commentaires

Sarközy lave plus blanc.

Rédigé par hamlet le 05 mai 2012

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette élection aura mobilisé les imaginations, si ce n'est les intelligences, si l'on en juge par l'abondance des articles à ce sujet.

Elle aura mobilisé aussi les passions, les noms d'oiseaux fusant comme les poissons d'Ordralphabétix. 

Rien d'anormal, dans un village gaulois.

Succombant aussi à cette tentation déplorable, voici une réflexion de plus sur ce sujet brûlant. Attention, ça envoie du steak !





Devoir moral ou option tactique ? 

Deux candidats se présentent aux suffrages de ce deuxième tour. A droite, fleurit une foison d'avis apocalyptiques, y compris de clercs, énoncant qu'il serait un "devoir moral", sous peine de "grave irresponsabilité", de préférer telle ou telle option.

Si les mots ont un sens, je crois tout d'abord que ce choix ne relève pas de la conduite morale, mais d'une option tactique : il ne s'agit pas d'une réponse de principe, mais d'une réponse adaptée aux circonstances et déterminée par elles.

Au plan politique et économique, les idées des candidats, pour ce qui leur reste de marge de manœuvre dans notre univers mondialisé, ne sont pas très différentes. En ce qui concerne leurs projets anthropologique, ils partagent la même vision transgressive, si on la rapporte à l'orthodoxie de la morale chrétienne. Les différences ne jouent qu'à la marge, sur ce qui reste de modalités possibles à ces transgressions. Sur l'IVG, par exemple, il sont tous deux d'accord sur le bien fondé du principe, la différence entre eux ne porte que sur le niveau de remboursement, 65% pour l'un ou 100% pour l'autre, soit une somme bien inférieure à 30 deniers (précision historique : cette somme correspond au prix d'achat d'un agneau, selon M. Valtorta).

Sur le critère de la morale, aucun des candidats n'est correct, et leurs ressemblances dépassent largement leurs différences. Pour prendre une analogie routière, il ne s'agit pas de choisir, sur une route départementale, entre une voiture qui roulerait à 90 et une autre à 140, mais bien entre une voiture qui roule à 180 et une autre à 182. Il ne s'agit pas de distinguer entre deux biens, mais entre un mauvais et un pire. 

Imaginons être l'un des 12 jurés d'un tribunal condamnant une personne innocente. Le procureur donne le choix entre deux condamnations : soit lui couper un pied sous anesthésie, soit lui couper un bras. Existe-il une solution moralement meilleure ? 

Préférer l'opération sous anesthésie est acceptable, car, dans l'impossibilité de faire mieux, le condamné souffrira moins. Mais cette réponse aura contribué à lui couper le pied. 

Refuser ces deux options est également une réponse correcte, puisque la personne est innocente. Mais cette option n'est par proposée par le procureur, le condamné sera forcément amputé, et possiblement avec un plus grand mal, si le reste du jury vote l'amputation sans anesthésie.

Si des autorités morales (Mgr Sheridan, 2004) ont pu affirmer que la seconde solution était la seule moralement juste, d'autres tiennent pour l'option inverse (Mgr de Germiny 2012). Et la position qu'exprime pour 2012 la Conférence Épiscopale renvoie chacun à sa propre analyse, sans désigner de devoir moral autre que celui de « voter en conscience ». Les Évêques Catholiques n'ont pas identifié de devoir moral à opter pour telle ou telle solution, ce qui laisse l'électeur libre d'opter pour l'une ou l'autre des options possibles, dans la mesure où, sa conscience étant raisonnablement éclairée, l'option choisie cherche à promouvoir le bien commun. 

Ce choix restant donc une option tactique, il peut être discuté longtemps : restant dans les vérités relatives, re-situer le débat sur le plan tactique permet, accessoirement, de rendre moins vive la nécessité de s'invectiver, les uns traitant les autres de suppôts de satan, les autre d'idiots irresponsables, ce qui n'est déjà pas si mal.


La politique du moindre mal

En se limitant à la lecture des deux programmes, l'électeur qui chercherait à être fidèle à la doctrine chrétienne, et qui en déduirait que son choix doit se baser d'abord sur la comparaison des questions morales, peut se dire que la solution est évidente, car nominalement, le programme UMP est moins transgressif que le programme PS. La philosophie classique recommandant, entre deux maux, de choisir le moindre, un vote Sarkozy au nom du moindre mal, apparaît donc comme la réponse correcte.

Mais pour qui estime que les programmes électoraux n'ont de valeur qu'indicative, et que l'analyse tactique ne doit pas se limiter à la première bande du billard, les choses sont moins simples.

Depuis 1974, une majorité de voix chrétiennes se sont portées sur la droite parlementaire, contribuant à l'élection de Giscard, puis de Chirac et de Sarkozy, au nom de la théorie du moindre mal.

La première chose que je remarque est que ces voix n'ont été échangées contre aucun avantage. Oubliant les pré-requis de la dissuasion du faible au fort, elles n'ont été payées en retour d'aucun bien positif, mais seulement d'un bien négatif discutable, que serait le retard hypothétique apporté à l'installation des maux moraux successifs installés les uns après les autres : relativisme, individualisme, matérialisme, inculture de masse, laxisme, hédonisme, nihilisme, immoralité, etc, ainsi que des maux politiques et économiques qui les accompagnaient.

Ce refus constant d'absence de sanction par les urnes partage d'ailleurs avec les sondages politiques un inconvénient supplémentaire, qui est d'encourager l'utilisation du mensonge et de la duplicité dans le discours politique, en leur assurant une rentabilité.

Si, en théorie, le retard à l'installation du mal peut permettre le retour du bien, force est de constater que cela ne s'est pas produit dans les 38 dernières années de la vie politique française, soit d'une mauvaise mesure de droite qui aurait été abrogée par la droite suivante, soit, plus facile, d'une mesure de gauche qui aurait été abrogée par la droite. L'exemple-type à ce sujet est celui des 35 heures : si la droite, au pouvoir absolu pendant 10 ans, s'est lamentée sur tous les tons de ce que cette mesure serait « responsable de la ruine de la France apportée par la gauche » et aurait « détruit la valeur travail », arguments consciencieusement ânonnés dans beaucoup de salons distingués, elle s'est bien gardée d'y modifier quoi que ce soit. Alors qu'elle a su mettre un acharnement remarquable à instaurer le travail du dimanche, mesure politiquement coûteuse et économiquement infondée, contrevenant de front au 4° commandement, ce qui n'est tout de même pas rien.

Enfin, ce que je constate aussi, c'est que le soutien passif, même à contre cœur, d'idées incorrectes, finit par les imposer dans le paysage culturel. L'exemple-type, ce sont toutes les questions sociétales, divorce, sexualité précoce ou contre nature, avortement, pornographie, théorie du genre, etc, qui sont maintenant culturellement acceptée et perçues comme bonnes par toutes les classes de population, incrustées y compris dans les « meilleures familles ». C'est l'adage « à force de ne pas voter comme tu penses, tu finis par penser comme tu votes », ou l'allégorie de la grenouille cuite

En ce sens, il n'est pas absurde de dire, et je le soutiens à titre personnel, que cette option tactique a contribué à installer durablement des valeurs de mort dans notre société. La politique du moindre mal se transforme ici en la politique du mal durable.

Le vote blanc.

La première objection concernant le vote blanc est qu'il s'agirait d'une non-décision : il est vrai que le domaine politique est celui de l'action, du parti-pris, et non pas celui de la pureté doctrinale, que celui qui se retire dans sa tente peut être considéré comme un démissionnaire.

Si le candidat de l'UMP a tenu le discours du Trocadéro, si le chantre du métissage s'est métamorphosé en féroce gardien des frontières, allant jusqu'à adopter la plus mauvaise des propositions de Mme Le Pen (la présomption d’innocence pour les policiers), c'est bien parce qu'il a évalué, soupesé ce poids, et espère convaincre la fraction récupérable des électeurs qui va voter blanc, l'une à sa gauche, chez Bayrou, et l'autre à sa droite, chez Le Pen et Dupont-Aignan. Comme la plus grande part se trouve à sa droite, ces intentions de vote blanc l'obligent à infléchir à droite son discours de second tour, de la même façon qu'en 2007, le poids du FN étant moindre que celui du Modem, il avait fait campagne au centre (ce qui n'avait pas empêché l'UMP de présenter un candidat contre Bayrou dans sa circonscription).

Paradoxalement, et dans la conformation particulière des élections 2012, ce sont finalement ceux qui menacent Sarkozy de ne pas voter pour lui, et sont éventuellement prêts à ne pas céder, qui l'obligent le plus à infléchir son discours politique. Vu sous cet angle, il me paraît difficile de dire que vouloir voter blanc est un non-acte. 

Le second argument est celui de sa non-lisibilité, puisque les votes blanc sont à la fois ceux de Le Pen qui n'ont pas voulu voter Sarközy ou Hollande, et ceux de Mélenchon qui n'ont pas voulu voter Hollande. L'argument ne convainc pas, car les sondages permettent d'évaluer ces masses, d'une part, et qu'il ne s'agit pas de lire, mais d'élire.

Enfin, la dernière objection consiste à dire, côté UMP, que "voter blanc, c'est voter Hollande", et côté PS que "voter blanc, c'est voter Sarkozy". En terme de pure logique, cet argument est faux, choisir Ø n'étant pas équivalent au choix de A ni de B. En terme politique, cet argument n'est cependant que partiellement faux, et donc partiellement vrai, car pour un électeur admettant qu'il n'est de conduite morale qu'entre les solutions Ø et A, lorsqu'il vote Ø, effectivement, sa voix ne se porte pas sur A et donc profite à B (pour un anarchiste, il demeurerait faux). La partie fausse du raisonnement, qui confine au procès d'intention, consiste à assimiler un acte positif à une conséquence inévitable, et à transformer l'acte de voter Ø, en intention de voter B. Un peu comme si l'on disait que tous ceux qui ont voté Sarközy ont voté pour une politique active de promotion de l'homosexualité (la diffusion du Baiser de la lune) ou de la théorie du gender. Entre la peste et le choléra, les "leucovotants" expriment qu'ils rejettent les deux, même s'il ne fait pas de doute qu'ils contracteront la plus contagieuse de ces deux maladies. 


Faut-il sauver le soldat Sarkozy ?

Une fois posé que le discours d'entre deux tours est la posture politique que l'état-major de Sarkozy a estimé la plus rentable compte tenu du paysage électoral du premier tour, il reste deux possibilités  à l'électeur : y croire, ou pas. Mais à la lecture des sondages, la question devient "Faut-il sauver le soldat Sarkozy" ?

Poser la question, c'est y répondre : il est déjà mort, les prévisions évaluant une défaite à environ 4 points. Il ne s'agit plus de faire gagner Sarkozy, mais de lui assurer une défaite moins difficile.

Dès le début, il savait le poids de la cristallisation de mécontentement qu'il avait accumulé, non sur les idées de droite, mais sur sa personne. La stratégie de campagne était celle proposée par Buisson, droitière. La prudence ou la sagesse aurait commandé de ne pas présenter, sur ces valeurs, de candidat qui en représente l'antithèse. Cette erreur de casting est une erreur majeure de la campagne de Nicolas Sarkozy, qui a préféré jouer une partie individuelle sans comprendre son handicap personnel, ni être capable du coup de génie indispensable, notamment dans le débat entre les deux finalistes. Sarkozy, finalement, n'était pas Napoléon.

Cela n'empêche pas de voter pour un mort, bien entendu, ne serait-ce que pour l'honneur.

De nombreux électeurs, se reconnaissant dans la "droite de valeur" (FN, DLR), ont annoncé qu'ils ne feraient pas ce choix. Doivent-ils être blâmés ?

Pour attirer ces électeurs, la stratégie de l'UMP a consisté à droitiser le discours du second tour, et y recycler les thèmes du premier tour de 2007, l’innovation 2012 consistant à envoyer le caporal Longuet ("ancien d'extrême-droite" comme aiment à le rappeler tous les media de gauche - quelle habileté politique dans ce choix !) donner un interview-suicide au journal Minute, Signal ayant cessé de paraître.

Comme en 2007, les voix de la "droite de valeurs" ont été réclamées sans aucune autre garantie que de continuer à être méprisées, ligne traditionnelle évoquée plus haut, mais marché de dupes quelque peu indécent, car il n'y avait pas de raison que les promesses de 2012 soient moins trahies que les promesses de 2007.

La ligne droitière proposée par Buisson a permis à Nicolas Sarközy, servi par son extraordinaire dynamisme et sa pugnacité, de remonter une partie de son handicap de départ. Et elle était arithmétiquement gagnante avec les voix du Front National, qu’il était vital de convaincre.

La parole du candidat sortant étant considérablement démonétisée par son quinquennat, il était inutile d’aller plus loin dans le discours. Cela a été contre-productif, aliénant au camp de droite les voix de Bayrou.

Au lieu de dire sans agir, il fallait agir sans dire, et proposer à droite une opportunité consistante, qui aurait été d'autant moins refusée qu'elle aurait été réelle, voire loyale. Bien sûr, un tel accord à droite n'était politiquement pas facile, dans le contexte culturel français. Mais il faut remarquer que ce contexte a été bâti par une droite qui y a délégué la gauche, allant jusqu'à nommer Frédéric Mitterrand, l'ami des enfants, au ministère de la Culture, corroborant avec brio la phrase assassine de Diesbach : « la vie politique française est animée par deux grands partis de gauche, dont l'un s'appelle la droite ».

Et au lieu de cette opportunité consistante, clé vitale pour la victoire, qu’avons nous vu ? Un consensus du chef de l'Etat, du Premier ministre, et des caciques UMP, s'accordant, dans le cas d'un duel FN/PS, à choisir de voter à gauche qu'à droite, option que ne pratique même pas cette "l'extrême droite" qu'ils vilipendent ! Quel scandale. Tout au long de la campagne, le FN n’a cessé d’être traité en ennemi, au contraire de la stratégie plus intelligente de Hollande vis à vis de Mélenchon, autrement plus encombrant et scandaleux que Mme Le Pen, et beaucoup plus agressif vis à vis du PS.

Mais non, l’UMP a continué consciencieusement d’appliquer la stratégie obstinée et stupide « du cordon sanitaire », faisant payer au pays cette facture qui va mettre au pouvoir, ce 6 mai, un courant finalement minoritaire.


Un programme pour l'après-Sarkozy.

Après, l'analyse peut être poursuivie sur une bande de plus, et il est possible de supputer qu'une défaite trop cuisante de Sarkozy affaiblisse la ligne Buisson pour les législatives, au profit de la ligne Juppé / NKM, ce qui serait un motif de voter Sarkozy. Là, ces hypothèses ne me concernent plus. 

Je n'ai aucune idée de savoir si l'UMP va exploser ou pas, et je n'entre pas dans ces combinaisons hypothétiques, ne cultivant pas d’intentions homicides particulières envers l’UMP, pas plus que n'idéalisant le FN. J’espère seulement que le paysage politique de l’après 6 mai prendra en compte l’existence d’un courant droitier, et sera pour lui l'occasion de lui permettre une expression démocratique sereine.

Pour ce qui me concerne, je ne crois pas que le sort du pays se joue par un bulletin que l'on met dans l'urne tous les 5 ans, tant que les finalistes sont des avatars de conceptions semblables, soumis aux mêmes impératifs du réel, qui s'imposent avant tout programme électoral. Les messages dramatisants qui prédisent que le 6 mai est le dernier jour avant le début de l’enfer, me font rire : nous avons vécu aussi tranquillement les 14 ans de Mitterrand et des communistes, que les 14 dernières de la droite parlementaire. L’idée selon laquelle il y aurait en France 50% de saints, contre 50% de salauds, est une caricature. Et Monsieur Dupont, qui pense être Charlemagne quand, tremblant d'émotion, il entend le fier « A voté » du premier assesseur, n'est que Monsieur Dupont.

Alors ce que je crois utile, pour l'après Sarkozy, c'est à la fois simple et douloureux : c'est simplement de travailler au bien, avec ses talents particuliers, dans sa sphère d'influence, selon les circonstances offertes par l'existence. Les possibilités sont infinies, et les exemples nombreux, dont un certain nombre de chrétiens d'exception, remarquables.

Et puisque ici nous jugeons sans bienveillance le bilan de l'un, le projet de l'autre, et les intentions de tous électeurs, peut-être pouvons-nous aussi appliquer à notre propre cas la pratique traditionnelle de l'examen de conscience : dans l'ordre de l'action et du service, combien de moi-même ai-je donné, ces 5 dernières années, au service des valeurs que je veux défendre ? (y compris au sein de n'importe quel parti politique, quand il s'agit bien de défendre des valeurs, et non un parti). Quel exemple ai-je donné ? Combien d'heures de travail ? Combien d'intelligence ? Combien de moyens ? A combien d'actions ai-je participé ? Avec combien d'enthousiasme et de joie ai-je aimé ma patrie ?

Car le meilleur Président possible ne peut se passer de la vertu personnelle, ni de l'ardeur dans l'esprit de service, de chacun des citoyens.

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Le débat

Rédigé par hamlet le 03 mai 2012


La gueule de l'autre avec Michel Serrault et... par europeenne2009

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2007-2012 : un bilan du quinquennat Sarközy ?

Rédigé par hamlet le 20 avril 2012

Si l'anti-sarkozysme est très "in", il ne serait pas juste de dire que le bilan du quinquennat de Nicolas est totalement nul : on peut citer à son crédit, par exemple, le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, le début d'une réforme des retraites, l'allègement relatif des droits de succession, ou encore la création du statut d'autoentrepreneur ou l'autonomisation des universités. 

Parmi d'autres points saillants, certains diront aussi qu'il a remarquablement "géré la crise" de 2009, sauvé les infirmières bulgares, ou interdit aux Russes d'envahir la Géorgie : ce sont plutôt des succès de communication, la crise de 2009 ayant été réglée par Gordon Brown, les infirmières négociées par les Allemands, et les tentations russes abolies par les Américains.

Au premier rang des grands points négatifs du quinquennat figurent cependant les éléments économiques, les plus mesurables : Nicolas Sarközy a accentué la pression fiscale et augmenté la dette publique dans des proportions importantes. Toutefois, la crise économique est responsable d'une part très importante de cette détérioration.

Si la critique est aisée, l'art est difficile, et la politique est davantage le lieu des compromis délicats que des solutions idéales : la difficulté de la tâche incombant au Président était grande. Il reste que Nicolas Sarkozy aura porté assez loin l'art de mentir avec aplomb. Avant les élections, son discours, frôlant le nationalisme, ne craint pas d'appeler à son secours les mânes de Péguy, de Bernanos, et même de Jean-Paul II. Il ne craint pas non plus de poser des actions symboliques fortes, comme le discours du Latran (ayant toutefois la grande élégance d'y emmener M. Bigard...), la décoration d'Hélie de Saint Marc, ou son déplacement à Domremy. Mais son action politique prend ensuite le contre-pied de discours et symboles, sans état d'âme. 

Dans la pratique contemporaine, une certaine part de mensonge peut être considérée comme consubstantielle à l'exercice du pouvoir (cf. Hannah Arendt), et nul ne s'effarouchera de telle ou telle approximation, à partir du moment où il peut être raisonnablement fait confiance sur le fond de la direction que le candidat qui se présente aux suffrages entend prendre.

Tel n'est pas le cas avec l'actuel Président, qui semble mentir d'abord à son propre camp : l'accumulation d'actes en contradiction avec le discours, de positions clientélistes, voire de malhonnêtetés intellectuelles, a sérieusement érodé le capital de confiance qu'il avait su bâtir en 2007, en utilisant sans vergogne des arguments empruntés au Front National, tout en les reniant dans ses actes. Il n'est pas impossible que ce soit précisément cette raison pour laquelle il est devenu une des personnalités les plus détestées du monde politique, ayant à la fois exaspéré la fraction de population pour laquelle toute opinion conservatrice est devenu une provocation, et perdu la confiance la fraction de population qui avait été enthousiasmée par ses discours de 2007.

Sans prétendre à l'exhaustivité, ni à la neutralité, mais souhaitant éviter le plus possible toute propagande, tentons un rappel des orientations significatives du quinquennat, en forme de bilan.


ÉCONOMIE / FINANCES

Dette publique : elle est passée de 1200 à 1600 milliards d'euro de 2007 à 2010 (elle serait de 1750 milliards en 2012), passant de 64 à 82% du PIB en 2011. Le PIB s'établissait à 2500 milliards en 2010. Evolution : ce lien.

Déficit public : il s'est accru, passant de 2,2,% à 5,2% du PIB entre 2007 et 2011. L'Etat dépense approximativement 10% de plus que ses recettes. Rapport 2010 de la Cour des Comptes : ce lien. Evolution : ce lien.

Nombre de chômeurs : passé de 8,1% à 10% entre 2007 et 2012. (près de 5 millions de chômeurs, toutes catégories confondues, en 2012)

300 000 emplois industriels auraient disparu au cours du quinquennat, selon l'INSEE (350.000 selon les calculs de Terra Nova, 500.000 selon Marine Le Pen (profession de foi)). 

Taux de prélèvements obligatoires (impôts + taxes + cotisations sociales) : augmentation : passé de à 43.7% du PIB en 2007, puis 42.5% en 2010, il est prévu qu'il atteigne 44.5% en 2012 .

Défiscalisation des heures supplémentaires (loi TEPA de 2007). L'idée n'était pas mauvaise au départ, mais, tombant dans le contexte de crise qui a suivi, est inadaptée : il n'était plus pertinent de prendre des mesures pour "travailler plus" dans un marché en récession. Globalement, cette mesure n'aura pas été utile, et aura suscité des critiques assez unanimes.

Taxe professionnelle : Nicolas Sarkozy a effectivement supprimé cet "impôt imbécile" (Mitterrand), mais l'a immédiatement remplacée par la contribution économique territoriale.

Statut d'autoentrepreneur : il permet de lancer une activité avec des formalités plus simples et des charges proportionnelles au CA, avec une limite de 81500 euros de CA. Aussitôt, c'est le succès, reflet du dynamisme français dès que les charges sont diminuées. Ainsi, 622 000 sociétés ont été créées en 2010, dont 50% d'autoentreprises. Ce succès est assombri par l'ajout a posteriori d'une nouvelle taxe, cette fois non-proportionnelle, la contribution foncière des entreprises, qui rend plus difficile l'équilibre des petites autoentreprises (seules la moitié d'entre elles gagnent de l'argent). Autre bémol, certains employeurs ont pu demander à leurs prestataires d'adopter ce statut, pour économiser des charges sociales.

Loi de "modernisation de l’économie" (LME) : Avant cette loi, notre économie était dépassée, mais heureusement, la LME est passée par là ! (Quels titres prétentieux de ces évolutions législatives !). La "LME" avait pour ambition de «stimuler la croissance en levant les blocages structurels de l’économie». Mais les mesures annoncées, comme la libéralisation des taxis ou la fin des monopoles, ont été abandonnées. Il ne reste de la loi de 2008 que l'autorisation de deux semaines de soldes flottants par an et la facilitation de l’ouverture des supermarchés de moins de 1000 mètres carrés. Ce qui fait que nous voyons tous fleurir, spécialement à Paris, les moyennes surfaces de chez Carrefour, Franprix ou Leader Price, bien sûr ouvertes le dimanche, à la consternation de la distribution traditionnelle que la LME aura contribué à tuer au profit des grands groupes de distribution.

Fusion ANPE/Unédic : a été réalisée, et le principe n'était pas mauvais (simplification). Mais au résultat, les services proposés par Pôle Emploi sont dégradés (200 chômeurs par conseiller au lieu des 30 promis par Mme Lagarde)

Revenu de solidarité active : (RSA, actuellement de 467 euros par mois), instauré en 2009 en remplacement du RMI, il devait permettre que les revenus issus de la reprise d’un emploi soient supérieurs aux allocations sociales perçues précédemment. Mais le dispositif n'atteint pas cet objectif, en partie à cause de la complexité des systèmes d'indemnisation, et n'a pas amélioré le taux de retour à l'emploi. Au passage, sa dénomination est emblématique de dérives sémantiques intéressantes : pourquoi l'avoir appelé ainsi, alors qu'il ne s'agit pas d'un revenu, mais d'une allocation, que la solidarité n'est pas vraiment en cause, et que l'adjectif "active" est dans certains cas une antithèse choquante ?

35 heures : Dès leur mise en place, elles ont été conspuées sur tous les tons par la droite parlementaire. Elles étaient responsables de "l’effondrement de notre compétitivité", et de la détérioration de la "valeur travail". La logique imposait leur suppression immédiate dès 2007. Mais le gouvernement s'est borné à quelques réformettes sans incidence (Autorisation d'augmentation du quota d'heures supplémentaires et du forfait jour des salariés en 2008, autorisation de modulation - en hausse ou en baisse - de la durée du travail en fonction de l'activité de janvier 2011).

Rupture conventionnelle : c'est ce qui reste de l'idée initiale de mettre en place un "contrat unique" de travail, plus facile à rompre du côté employeur. Cette rupture conventionnelle permet à l'employeur et au salarié de se séparer à l'amiable, l'employeur réglant les indemnités de licenciement, et l'employé touchant l'allocation chômage. 600000 ruptures conventionnelles auraient été ainsi signées depuis 2008, dont une large part dissimule un licenciement économique ou une pré-retraite (Cahuc/Zylberberg )

Réforme des retraites (passage de l’âge légal de la retraite de 60 à 62 ans et durée de cotisation passant à 42 ans). Cette réforme a été calculée pour permettre au système – actuellement déficitaire de 32 milliards – de revenir à l'équilibre... en 2018 et si tout se passe conformément aux prévisions, et pour deux ans seulement. Il y a fort à parier pour que la réalité s'écarte des prévisions, et qu'une autre réforme soit rapidement nécessaire (Amusant, Nicolas Sarközy ne l’avait pas inscrite à son programme, mais y a été contraint par la crise).

Régimes spéciaux de retraites : le projet initial était assurer l’équité des retraites entre les salariés des services publics (SNCF, RATP, EDF, GDF) et ceux du privé. Le Gouvernement n'aura pas fait preuve ici de la même opiniâtreté qu'il en a dépensé pour le travail du dimanche : après 8 jours seulement de manifestation des cheminots (2008), le projet a été vidé de sa substance, et la configuration finale risque de coûter finalement plus cher que l'initiale (Cahuc/Zylberberg ).

Santé : La loi sur l’hôpital, instaurant les "agences régionales de santé", chargées de piloter le regroupement ou la fermeture des unités de soins pas assez fréquentées. Hausse de la contribution des assurés (nouveaux déremboursements de médicaments, et instauration d’une franchise de 0.5 euro par boîte).



Un graphique intéressant publié par l'institut des libertés (think tank libéral), comparant la France et l'Allemagne dans le ratio des PIB et de la production industrielle. On voit que le décrochage date d'avant Sarközy : il commence en 2002, sur une pente constante jusqu'en 2009, où il y a un sursaut, pour retrouver immédiatement après une pente identique.
Il manque toujours de sources fiables qui mesureraient la part de la crise, et celle de la gestion gouvernementale dans la dégradation des résultats économiques de la France. "A vue de nez" et faute de ces sources fiables, il semble raisonnable de retenir deux choses :
- la part de la crise dans cette dégradation est très importante (90% ? - "Le changement n'est plus ce que nous faisons, mais ce qui nous arrive" Finkielkraut)
- la gestion de la crise par le gouvernement n'a été ni extraordinaire, ni exécrable, si nous nous comparons aux pays de même rang dans la zone Euro, probablement simplement correcte. Si Nicolas Sarkozy affirme que "La France est le seul pays à ne pas avoir connu la récession depuis 2009 et le seul pays qui a connu chaque année une hausse de pouvoir d'achat.", ce décodage tend à dire que cette affirmation est fausse.

Dire que Nicolas Sarkozy a fait mieux ou moins bien que tout autre, reste indémontrable, hors cas extrêmes : évidemment, il a fait mieux que ce qu'aurait fait M. Poutou. A l'inverse, il est aussi évident que, quel que soit le résultat des élections présidentielles, personne n'imagine que le niveau du taux des prélèvements obligatoires va diminuer, pas plus que celui du déficit. Le prochain président, quel qu'il soit, n'aura pas la tâche facile. 



FONCTION PUBLIQUE

Non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux : engagement nominalement tenu, mais économiquement perdu. En effet, la fonction publique a bien fondu d'environ 150.000 postes en 5 ans, ce qui aurait du économiser 5 milliards d’euros sur ces 5 ans. Mais le gouvernement a redistribué cette somme aux fonctionnaires sous forme de primes et d’augmentations, si bien que l’Etat n’a économisé finalement qu'environ 400 millions d'euros. 

Accroissement de la fonction publique territoriale : Pendant ce temps, les collectivités locales ont accru leurs embauches : 86 000 agents en 2007 (+ 5%), à peine moins en 2008 (+ 3,8%) et 2009 (+ 2%).

Maintien du caractère collectiviste de l'économie : On a pu dire que la France était "une URSS qui avait réussi". Le quinquennat de Nicolas Sarközy, annonçant des valeurs plus libérales, n'a rien changé sur ce point : la fonction publique est demeurée à un haut niveau (entre 1 salarié sur 4 et 1 salarié sur 5, selon les chiffres, est fonctionnaire), le taux de prélèvements obligatoires est resté parmi les plus élevés du monde.

Maintien des discriminations salariales entre secteur privé et secteur public : Le salaire moyen des fonctionnaires est 45% plus élevé que le salaire moyen du secteur publique. Il faudrait ajouter à cet écart les avantages de la fonction publique en matière de retraite (âge de départ 52-57 ans contre 60-62 ans - alignement prévu en 2017 seulement; base de calcul de la pension, 6 derniers mois contre 25 ans; distribution de trimestres gratuits réservés à la fonction publique; niveau de retraite garanti uniquement pour la fonction publique; taux de cotisation employeur de 66% dans le secteur public pour les fonctionnaires civils d'état -payé par le contribuable- , contre 16% dans le privé; majoration famille nombreuse plus élevée dans le public que dans le privé; mise sous condition de la pension de réversion uniquement pour le privé). Il faudrait aussi chiffrer l'avantage que procure la sécurité de l'emploi accordée au secteur public.


Police : le nombre de policiers / gendarmes aurait baissé, mais il reste difficile de savoir dans quelle proportion : l'Etat ne connaît pas exactement, à l'instant T, le nombre des fonctionnaires qu'il emploie (sic), et la fusion police/gendarmerie complique les choses. Une diminution d'une dizaine de milliers de postes est cependant probable.


EUROPE / MONDIALISATION

Ratification du Traité de Lisbonne par le Parlement français en 2008 , copie quasi conforme de la constitution européenne rejetée par les Français lors du référendum de 2005. Nicolas Sarkozy avait pourtant assuré, lors du débat l’opposant à Ségolène Royal à quelques jours du second tour de 2007, qu’il ne reviendrait pas sur le « non » des électeurs français.

« 2009 peut-être l'année de naissance d'un nouvel ordre mondial. Nous irons ensemble vers ce nouvel ordre mondial, et personne, je dis bien personne, ne pourra s'y opposer » Nicolas Sarkozy, 16 janvier 2009 / « Aidez-moi à construire cette France qui entraînera le monde sur la voie d'un nouvel ordre mondial » Nicolas Sarkozy, 22 mars 2012


ARMEE / DEFENSE / SÉCURITÉ

Dans le discours prononcé le 7 mars 2007, Nicolas Sarkozy promettait la modernisation de la dissuasion « assurance vie de la nation », la construction du second porte-avions, l’instauration d’un service civique obligatoire. Ces trois objectifs n'ont pas été atteints.

Dans les opérations militaires majeures du quinquennat, hors interventions des FS sur les diverses prises d'otage, on peut retenir :

    • la décision de participer à l'opération EUFOR Tchad/RCA (qui prendra fin le 15 mars 2009). 1700 soldats français y prennent part.
    • l'annonce en novembre 2007 de notre participation aux opérations afghanes : 2000 soldats sont déployés sur le théâtre, 1000 de plus en mars 2008, passant à 4000 en 2010, annonce d'un retrait graduel en 2011.
    • mars-avril 2011: opérations militaires françaises en Côte d'Ivoire pour neutraliser Gbagbo et mettre en place Ouattara.
    • mars 2011: opérations aériennes et maritimes contre la Libye.

Budget de la Défense : il est resté stable de 2007 à 2010 (aux alentours de 2.3% du PIB), mais a baissé en 2011, pour être réduit à 1.6% en 2012.

Suppression de 54.000 postes dans la Défense, conséquence de la RGPP (révision générale des politiques publiques), avril 2008. Les effectifs passent de 340.000 (dont 78.000 civils en 2007 à 313.000 (dont 72 000 civils) en 2010. Les autorisations d'emploi (ETPT) pour le ministère de la Défense passent de 437.000 à 293.000 entre 2007 et 2012 .

Retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN (De Gaulle en était sorti en 1966), nous remettant dans la dépendance à la politique étrangère américaine, pour un coût annuel estimé à 100 millions d'euros (mars 2009)

Les infirmières bulgares. Cinq infirmières et un médecin bulgares arrêtés en Libye sont libérés (juillet 2007) Carla est envoyé en ambassadrice de charme, pour faire croire que c'est la France qui a libéré les otages. En fait, cette libération avait été négociée bien avant, par les Allemands, qui se sont ici fait couper l'herbe sous le pied par Sarközy. Et qui l'ont toujours considéré, ensuite, comme un voyou.

Géorgie : intervention dans la crise Géorgienne, en tant que président de l'union européenne. Comme pour le coup des infirmières bulgares, Sarközy a fait croire qu'il avait réglé la question. Dans les faits, les Américains avaient envoyé un bateau de guerre juste devant Tbilissi, ce qui a fait comprendre aux Russes qu'il s'agissait vraiment d'un casus belli.

Sécurité : le gouvernement fait état de chiffres statistiques satisfaisants, mais qui ne semblent pas représentatifs. Ils sont contredits par l'augmentation du nombre de détenus (58.000 en 200767.000 en 2012) Une très large majorité estime que l'insécurité augmente (81% des personnes interrogées estiment que la délinquance en France a "plutôt augmenté" depuis 10 ans - Sondage Terra-Nova / Opinion Way publié le 6 décembre 2011).

La loi Dati de 2009 supprime l’incarcération pour les condamnations allant jusqu’à 2 ans fermes (2009) et vient rendre illisible la loi sur les peines planchers de 2007. Condamner plus pour incarcérer moins ?

Réforme de la carte judiciaire. En attente d'appréciation (fev 2008)


ENSEIGNEMENT / RECHERCHE / UNIVERSITES

 Loi sur l’autonomie des universités : depuis 2009, nos universités sont autonomes, leurs présidents peuvent gérer leur budget, embaucher leurs enseignants à des salaires libres, et faire appel à de l’argent privé via des fondations. C'est plutôt une réussite.

 Crédit impôt recherche : le crédit impôt recherche permet de déduire 30% des investissements R&D des entreprises, pour un coût de 5 milliards par an. Dans la réalité, il s'agit pour une part d'un allègement fiscal, les investissements pris en compte n'ayant pas toujours un rapport direct avec la recherche. Le plus gros bénéficiaire est... la Poste ! Plutôt que de distribuer des béquilles aux entreprises, le Gouvernement ferait mieux de ne pas leur couper les jambes.


IMMIGRATION / IDENTITE

Acquisition de la nationalité Française : en hausse, passant de 133 000 par an en 2007 à 143.000 en 2010 (92.410 en 1995, 123.000 en 2002).
Nombre de titres de séjour : augmente régulièrement, passant de 175000 en 2007 à 190000 en 2009 . Il s'établirait aujourd'hui à plus de 200.000.
Suppression de la "double peine": loi prise à l'initiative de Nicolas Sarkozy en 2006 alors qu'il était ministre de l'intérieur. Cette loi abroge l'automaticité de l'interdiction de séjour en France pour les étrangers condamnés pour un crime à l'issue de l'exécution de leur peine.
« La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police ou d'un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique. » (N. Sarkozy à Grenoble, juillet 2010). Un amendement prévoyant d'étendre la déchéance de nationalité aux français naturalisés depuis moins de dix ans condamnés pour meurtre ou tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique est rejeté par le Sénat - alors à droite - en février 2011.
« Si la France a des racines chrétiennes, elle a aussi des racines juives. La présence du judaïsme est attestée en France avant même que la France ne soit la France, avant même qu'elle ne soit christianisée. [...] Oui le judaïsme fait partie des racines de la France et chaque Français, quelle que soit sa confession ou son origine, peut en être fier. » 9 février 2011 - 26° dîner annuel du CRIF.
« Je pense que les Français attendent une France d'après. (...) C'est une France où l'expression "Français de souche" aura disparu . » (Conclusion du livre de Nicolas Sarkozy « Témoignage » publié en juillet 2006, p. 280).

Lecture obligatoire de la lettre d'adieu de Guy Môquet, résistant communiste, dans les lycées (mai 2007, mesure abrogée par la suite)

Au cours du dîner du CRIF 2008, Sarkozy propose de « confier la mémoire » d'un victime de la Shoah à chaque élève de CM2 (proposition annulée sur avis défavorable de Simone Veil)

Réforme des manuels d'histoire : François Ier, Henri IV, Louis XIV et Napoléon sont réduits à leur plus simple expression dans les programmes 2012, au profit d'éléments de l'histoire du monde, par exemple des empires africains Songhaï et du Monomotapa.

Droit de vote des étrangers : « A titre personnel, je considère qu'il ne serait pas anormal qu'un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins dix ans en France, puisse voter lors des élections municipales, sous réserve de réciprocité du pays d'origine. » Interview de Sarkozy au CRAN, février 2007. Mais cette proposition ne figure pas dans le programme actuel du candidat.

Simplification des procédures de naturalisationen induisant l'augmentation. (2009)

Accueil de chrétiens Irakiens après l'attentat de la cathédrale de Bagdad.

Suppression du terme "Mademoiselle". Pourquoi cette nouvelle déconstruction, qui porte bien plus atteinte à la culture qu'elle n'en a l'air ? (Circulaire Fillon sur ce lien)

Transformation de Mayotte en département français, ce qui permet l'immigration facile des Comoriens. (nov 2010)

« Toi, Philippe, tu as de la chance, tu aimes la France, son histoire, ses paysages. Moi, tout cela me laisse froid, je ne m'intéresse qu'à l'avenir.» Discussion rapportée par Philippe de Villiers dans l'ouvrage d'Eric Branca et Arnaud Folch, Le mystère Villiers (2006).


DÉFENSE DE LA VIE

Voir ce tableau comparatif des candidats établi par l'Alliance Vita, et cet autre ;

Possibilité d’inscrire sur les registres d’état civil les enfants nés sans vie (août 2008).

Les sénateurs refusent d’autoriser les pharmaciens à délivrer des pilules contraceptives sans ordonnance (mai 2009)

Création en février 2009 d’une allocation journalière de 49 euros limitée à trois semaines qui permet à un proche d’accompagner à domicile une personne en fin de vie.

Signature d’un arrêté concernant le dépistage de la trisomie 21, contraignant les médecins et les sages-femmes à proposer le dépistage à toutes les femmes enceintes (juillet 2009, complété en février 2010)

 Nicolas Sarkozy s'entoure de Roselyne Bachelot, ministre de la santé, promoteur de l'IVG, et de Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la famille, promoteur de l’euthanasie et l'homoparentalité. "Les crédits allant à l’éducation sexuelle et à la prévention sont reconduits : je salue les centres du Planning familial, leur implication est exemplaire pour assurer la gratuité et la confidentialité de la contraception. J’ai demandé à l’IGAS de me faire des propositions pour les conforter. Les crédits qui sont attribués aux associations travaillant en ce domaine ne seront pas réduits. Pour améliorer l’accès à l’IVG j’ai fait relever le forfait au niveau du coût, ce qui représente en moyenne un doublement (…) La grossesse non désirée est une souffrance, l’avortement est un moyen de diminuer cette souffrance" (R Bachelot, discours au Sénat, juin 2010). Mme Bachelot demande en juillet 2010 à la direction des hôpitaux de Paris d’ "améliorer l’organisation de ses centres d’orthogénie et garantir l’accessibilité à l’IVG" . Elle promit en mars 2010 une revalorisation de 50% du forfait IVG (promesse non tenue à ce jour - Actuellement, le coût forfaitaire d'une IVG varie de 190 à 450 euros. Sa prise en charge varie de 70% à 80%, le solde étant à la charge de la patiente, ou de sa mutuelle éventuelle. L'IVG est couverte à 100% pour les mineures et les personnes disposant de la CMU.)

Remboursement à 65 % des pilules abortives dites "du surlendemain".En prime, l'amalgame consistant à faire passer un produit abortif pour un moyen de contraception (Septembre 2009)

Adoption de la loi de bioéthique en juillet 2011, comportant adoption du diagnostic préimplantatoire et la recherche de la trisomie 21 (eugénisme d'état). Maintien de la recherche sur les cellules embryonnaires, impliquant la destruction d’êtres humains à l’état prénatal (Le gouvernement avait cependant doublé le budget de recherche sur les cellules souches issues du cordon ombilical en décembre 2009).

Euthanasie : Sarkozy y est plutôt opposé, sa position demeurant peu claire.


FAMILLE

 Le Ministère de la Famille devient un simple Secrétariat d’Etat dès 2007.

Baisse des allocations familiales en 2008. Minoration poursuivie en 2012

Tentative de suppression de la carte SNCF familles nombreuses (Avril 2008)

Loi Alliot-Marie sur la simplification du divorce . Le mariage est considéré comme un simple contrat privé (Mai 2010)

Suppression de l’avantage fiscal pour les jeunes mariés (Septembre 2010)

En avril 2011, un tribunal français reconnaît la filiation d’une mère porteuse inséminée à l’étranger. Toutefois, l'interdiction des mères porteuses a été maintenue en mai 2009.

 Doublement du nombre de distributeurs de préservatifs dans les lycées

 Fiscalité du PACS : alignée sur celle du mariage (octobre 2009)

POLITIQUE / SOCIETE

Campagne Présidentielle de 2007 : Simone Veil, Rapporteur de la Loi qui porte son nom, est Présidente du Comité de Soutien de Nicolas Sarkozy « .. .mais la France mes chers amis, elle a la voix, elle a la figure, elle a la dignité d'une femme, d'une mère, rescapée des camps de la mort, qui s'écrit en 1974 à la tribune de l'Assemblée : 'nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements clandestins qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays'. Ce jour-là la France s'appelle Simone Veil et c'est l'honneur de la France et de la République. » Meeting d'inauguration de la campagne électorale de N. Sarkozy, Paris Porte de Versailles, janvier 2007

Théorie du genre : enseignée dans les manuels de SVT en classe de 1ère depuis septembre 2011 

Extension du travail le dimanche : Amendement Debré à la LME (dit ConfoKea), puis loi Mallié d'août 2008 - Dérogation au principe du repos dominical dans les communes, zones touristiques, thermales et grandes agglomérations. Aucun avantage économique de cette mesure n'a été démontré. Juste avant la fin de mandature, le travail du dimanche est étendu unilatéralement à un secteur supplémentaire (bricolage), sans aucune nécessité économique ou électoraliste. 

Kadhafi reçu en grande pompe à l'Elysée en décembre 2007, puis participation aux opérations de destruction du régime Libyen. 

Satisfaction à l'entrée de Simone Veil à l'Académie Française en 2010, exclusion violente de Boutin du Gouvernement, exclusion de l'UMP de Vanneste en 2012, pour son "obsession anti-homos

Ouverture (à gauche seulement) le lendemain de son élection de 2007 : « Comme vous le savez, j’ai fait l’ouverture, je reste très attaché à l’idée d’ouverture » . Nicolas Sarkozy, 12 avril 2012. Inaugurant le concept de "gouvernement d'ouverture", il y a intégré des personnalités de gauche (Bernard Kouchner, Fadela Amara, Frédéric Mitterrand , Eric Besson, Martin Hisch, Jean-Marie Bockel), quelquefois scandaleuses (Frédéric Mitterrand), tout en excluant soigneusement toute ouverture à droite, désignant ainsi les valeurs sarko-compatibles, et celles qui ne le sont pas.

Racket des automobilistes : autoroutes , stationnement , radars , éthylotests ...

Jean Sarkozy, étudiant en seconde année de droit, bombardé à la présidence de l'EPAD, le plus gros quartier d'affaire d'Europe (oct 2009 - l'intéressé finira par renoncer)

Carla Bruni-Sarkozy,  ambassadrice du Fonds mondial de lutte contre le sida, se retrouve mêlée au scandale financier de la campagne de communication Born HIV Free, dont le bénéficiaire est Julien Civange, un de ses amis proches (janvier 2012)

CULTURE

Nomination de Frédéric Mitterrand, neveu de François, auteur sulfureux, au ministère de la Culture; Nomination de Philippe Val à la tête de France-Inter. Philippe Val est éditorialiste à Charlie Hebdo, et proche de Carla Bruni. Nomination de Jean-Luc Hees à la tête de Radio-France, ami de Val.




BONUS : DES REFORMES QUI AURAIENT ÉTÉ INTÉRESSANTES

Cumul des mandats: il devient urgent de prévoir une loi qui interdit les cumuls de mandats, les situations de conflits d'intérêt entre un mandat public et une situation privée, et qui limite les durées de mandat, toutes causes naturelles de corruption.

Interdiction des sondages politiques : c'est une idée récente (avril 2012) de Basile de Koch (non, elles ne sont pas toutes mauvaises !). Cela part de la constatation suivante : les leaders politiques, pour construire leurs discours, ne cherchent pas à présenter leurs idées et en débattre, mais à construire un discours en fonction des effets présumés de ce discours sur les pourcentages d'opinions repérés dans les sondages. En simplifiant, ils sont soumis en permanence à la tentation de raconter n'importe quoi, pourvu que cela rapporte des électeurs. Les sondages politiques étant devenue une cause naturelle de perversion de la démocratie, ils devraient être, sinon interdits, au moins sévèrement encadrés.

Il en va de même pour les sondages qui sont opportunément publiés pendant la discussion d'un projet de loi à l'Assemblée, par exemple, ou avant une élection présidentielle - là, ce n'est plus une idée de Basile. A l'examen, beaucoup de ces sondages sont réalisés ou commandés par des entités, groupes de pressions, partis, qui ont intérêt à faire évoluer la législation dans un sens ou dans l'autre, ou ayant partie liée avec le mode politique, industriel ou financier. L'un des exemples emblématiques de cette dérive demeurant le sondage bidonné du JDD sur le travail du dimanche. Compte tenu de l'impact de ces sondages à la fois sur l'opinion publique et sur le législateur, ainsi que de la facilité à biaiser les résultats, la réalisation d'un sondage devrait faire l'objet d'un encadrement sévère, tendant à en garantir la transparence et l'objectivité.

(Merci à GduP, à l'auteur du tableau de BG, notamment, à zissu pour son commentaire)

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