Rafle du vel d'hiv : à qui profite le crime ?

Rédigé par hamlet le 16 juillet 2017

Les gouvernements recyclent l'histoire selon leurs intérêts et les contraintes qu'il subissent, jusque dans la promulgation de lois mémorielles qui sont un scandale pour tout historien. La tragédie du Vel d'Hiv en est un exemple particulièrement significatif.  



Ce 16 juillet 2017, Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien, concélèbrent le 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv. A cette occasion, le Président de la République proclame que selon lui, «c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et donc, pour presque tous, la mort des 13152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet [1942] à leur domicile»

 

Le Président français adopte ici une position inverse de celle que tenait le général De Gaulle. En effet, ce dernier considérait que le régime de Vichy n'était qu'une "autorité de fait", et que le seul gouvernement légitime était celui de la France Libre, à Londres. A ce titre, il s'était refusé à reconnaître la responsabilité de la France dans cette rafle.


Le droit donne raison au Général. En effet, la loi constitutionnelle de 1875 prévoit de pouvoir accorder au Parlement le droit de réviser la Constitution, mais ne l'autorise pas à déléguer ce pouvoir. Ainsi, le 10 juillet 1940, le vote des pleins pouvoirs constituants au Maréchal Pétain, bien que ratifié par 88% des parlementaires (649 sur les 846 ayant pris par au vote, 50% de gauche, 42% de droite et 8% sans étiquette), était-il entaché d'inconstitutionnalité. De Gaulle, s'appuyant sur les analyses de René Cassin, a contesté la légitimité de l'État Français dès le 27 octobre 1940, dans le manifeste de Brazzaville. Et à l'issue de la guerre, l'un des premiers textes du Gouvernement Provisoire sera l'ordonnance du 9 août 1944, déclarant "nuls et de nul effet" tous les actes relevant de l'État Français à compter du 16 juin 1940. Nul ne conteste aujourd'hui qu'en terme de droit l'État Français, en plus d'être inconstitutionnel, était juridiquement distinct de la République, en dépit des hommes qui ont pu appartenir aux deux régimes.


En 1992, Mitterrand dut faire face à un "appel" publié dans Le Monde par un "Comité Vel d'Hiv 42", poussé par le militantisme effréné de Serge Klarsfeld, exigeant rien moins de la France qu'elle endosse la responsabilité de la rafle, au nom de l'implication de certains de ses agents. Simone Veil avait fait part de son opposition à cette demande. Mitterrand, interrogé à ce sujet par Paul Amar, le 14 juillet 92, répondit au journaliste : "Ne demandez pas des comptes à la République, elle a fait ce qu'elle devait. L'État français, ce n'était pas la République". Il se rendra, le 16 juillet de cette année là, à la cérémonie du Vel d'Hiv, où il fut hué par les associations juives présentes. Il n'y prit pas la parole. Le 11 novembre, comme à son accoutumée, il fit déposer une gerbe sur la tombe du Maréchal Pétain. Mais en février 1993, il dût promulguer un décret instituant un "journée nationale commémorative des persécutions racistes et antisémites commises sous l'autorité de fait dite "gouvernement de l'Etat français (1940-1944)", et s'abstenir désormais d'aller de faire fleurir la tombe du vieux Maréchal.


Jacques Chirac, dans un discours du 16 juillet 1995 dû à la plume de Christine Albanel, eut des mots très ambigus : "Oui la folie criminelle de l'occupant a été, chacun le sait, secondée par des Français, secondée par l'État français". Le discours reste ici parfaitement factuel : la rafle, décidée par l'occupant, a effectivement été organisée avec le concours des autorités françaises de l'époque, puis exécutée par sa police. Chirac pointe un rôle de relais, n'évoquant la question de la responsabilité de la France que de manière allusive. La suite du discours prend bien soin de distinguer "la France" de "l'État Français""cette France n’a jamais été à Vichy", et de relever l'action de "ces justes parmi les nations qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie, comme l’écrit Serge Klarsfeld, les trois quarts de la communauté juive résidant en France, ont donné vie à ce qu’elle a de meilleur". Peine perdue : les commentateurs, militants, profiteront du manque de netteté du discours pour annoncer que la France endossait enfin la responsabilité de l'opération, et se réjouiront avec tapage d'une victoire qu'ils avaient pour partie inventée.


Si l'on s'en tient aux textes, l'opinion commune selon laquelle ce serait Jacques Chirac qui aurait le premier reconnu la responsabilité de la France n'est donc pas strictement vérifiée. En réalité, ce fut Hollande qui le premier affirma sans détour que la France y avait commis un crime, dans son discours du 22 juillet 2012 : "La vérité est dure, elle est cruelle. Mais la vérité, c'est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l'ensemble de cette opération. La vérité, c'est que le crime fut commis en France, par la France". De nouveau, les commentateurs applaudirent bruyamment, saluant le pas franchi depuis Chirac. Richard Prasquier, président du CRIF, fait savoir sa satisfaction, ainsi qu'Arno Klarsfled, alors président de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Serge Klarsfeld, son père, président de l’association des Fils et filles des déportés juifs de France rappelle cependant que "si 11.000 enfants juifs ont été déportés" pendant la Deuxième Guerre mondiale, "60.000 furent sauvés par la population française, qui, dans son ensemble, mérite d’être qualifiée de juste". Si la droite récuse le propos d'Hollande, à gauche le PS applaudit, par les voix de Martine Aubry, première secrétaire, et de David Assouline, porte-parole, et même de Valérie Trierweiler, favorite à l'époque. Néanmoins, de fortes voix de gauche s'élevèrent contre le propos présidentiels. Entre autres, celles de Chevènement et de Pierre Bergé, pour une fois du même avis que Guaino. Et ceux qui avaient lu ce discours ont pointé les erreurs historiques qu'il contenait déjà.


Macron, dans un discours du 16 juillet 2017 attribué à la plume de Sylvain Fort, s'inscrit dans la ligne Hollande : "oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation". Macron justifie son négationnisme de la position gaullienne au motif que "Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France [...] La France de l’État français ne se substitua pas en une nuit à la France de la III° République. Ministres, fonctionnaires, agents, responsables économiques, cadres, professeurs, la III° République fournit à l’État du maréchal Pétain la plus grande partie de son personnel". Pour Macron, la France de Vichy est la France au plan du droit, nonobstant son inconstitutionnalité (ce qui implique que la France Libre ne soit pas "la France"), car selon lui, Vichy est la continuation morale de la République.


Que l'on se place au plan moral ou au plan du droit, ce qui demeure inacceptable dans les deux cas, c'est d'occulter volontairement les éléments principaux du débat.


Le premier élément de contexte, c'est qu'en 1942, la France a perdu la guerre que son gouvernement avait déclaré à l'Allemagne et que la défaite est totale. Que ses troupes ont été balayées en quelques semaines, que sa population a été jetée, hagarde, sur les routes de l'exode. Que la France de 1942 est à la botte de l'occupant nazi, qui envahira la zone libre en novembre, et qu'elle n'a aucun moyen de se soustraire à ses exigences. De cela, oui, le gouvernement de la République est comptable.


Le second élément de contexte, c'est qu'en 1942, la réalité épouvantable des camps de la mort est ignorée. Officiellement, les allemands ont besoin de main d'œuvre, et ne déportent que des travailleurs entre 16 et 50 ans. Berlin interdit la déportation des personnes de moins de 16 ans (c'est pour cette raison que les enfants du Vel d'Hiv ont été séparés de leurs parents). En cela, l'opération du Vel d'Hiv n'est qu'une opération de police presque "banale" dans le contexte d'une défaite absolue. Les effectifs français font ici un travail de police, certes marqué du sceau de l'injustice, mais il ne s'agit en aucun cas pour eux de participer à un crime collectif dont aucun n'a connaissance.


C'est masquer que l'intention de "la France", ou du gouvernement Français, comme on voudra, aura été de diminuer les exigences du vainqueur, et, contre toute attente, d'y réussir. L'occupant exigeait 40.000 juifs, René Bousquet avait proposé 10.000. La circulaire de police en avait désigné 27.000, 13.000 seront arrêtés. Tous les juifs Français ont été protégés, sans exception. Sans doute les négociations entre Bousquet et le Général SS Oberg, exécutant les ordres d'Adolf Eichmann, petit fonctionnaire borné selon l'appréciation d'Hannah Arendt, auront-elles été épouvantables, il n'en reste pas moins que des milliers de personnes leurs doivent la vie.


C'est masquer que l'antisémitisme français des années 30 n'a rien à voir avec l'antisémitisme nazi de la même époque. Serge Klarsfeld le rappelle lui même : "la population française, [...] dans son ensemble, mérite d’être qualifiée de juste". Faire de la France de 1942 un pays antisémite, au sens nazi du terme, au prétexte de l'action honteuse de certains français, est une contre-vérité absolue et dégradante, tout aussi inacceptable que celle qui consisterait à faire d'Israël un pays nazi, au prétexte de l'action honteuse de certains israélites, dont certains furent parmi les plus grands théoriciens du nazisme, et d'autres parmi ses collaborateurs, jusque dans les camps. 


C'est oublier fort à propos que d'autres personnes furent également parqués au Vel d'Hiv, deux ans plus tard, dont beaucoup trouvèrent une mort tout aussi arbitraire. Lorsqu'on est le Président des morts, on doit l'être de tous les morts, car de ces morts là, la République et "la France" sont indiscutablement comptables.

C'est masquer ce que la collaboration doit à la gauche, et ce que l'anti-germanisme doit à la droite maurrassienne, pour tenter de faire croire avec un cynisme absolu que la plus grande menace pesant sur la France serait constituée de onze millions de racistes et d'antisémites n'attendant que la victoire électorale d'une walkyrie blonde pour défiler à nouveau au pas de l'oie, car c'est bien l'image portée en creux par le début de son discours.


C'est faire semblant de ne pas savoir que morale et politique ne relèvent pas du même plan, et qu'une position moralement juste peut aussi être politiquement erronée, voire mortelle. Ainsi des Pays-Bas, dont les évêques avait fait lire dans les églises, en Juillet 1942, une lettre condamnant "le traitement injuste et sans merci réservé aux Juifs", lettre qui a été l'une des causes de l'accentuation des déportations dans ce pays, dont la population juive a finalement payé l'un des plus lourds tributs, au prix de son sang. 


Jupiter, s'il condamne sévèrement "la France" après 75 ans, n'a pas éprouvé le besoin d'exposer au vulgum pecus ce qu'il aurait fait, à la place du Préfet Bousquet, et osé garantir que le refus outré qu'il aurait opposé à Oberg l'aurait inévitablement conduit à abandonner l'opération Vel d'Hiv. Car il n'y avait pas de solution indiscutablement juste, et la solution du préfet Bousquet était peut-être la moins pire. Vaut-il mieux avoir les mains propres et l'âme couverte de sang, ou alors ne pas craindre de se salir les mains, pour tenter de diminuer le nombre des victimes ?


La question de la responsabilité se résous par la réponse à une question simple : cette opération aurait-elle eu lieu, si le III° Reich n'avait pas contraint l'État Français à y engager ses moyens ? Elle est évidemment négative, et ceci explique que la conscience universelle considère comme une évidence que la responsabilité essentielle, primordiale, écrasante, en revient à l'idéologie délirante du III° Reich, totalement étrangère aux traditions Françaises, et la responsabilité précise, méthodique, portée par l'autorité allemande, unique donneur d'ordre de l'opération du Vel d'Hiv. 


Il revient aux historiens, et non aux politiques, de débattre en toute liberté, de la responsabilité des personnes qui furent les acteurs de cette rafle. Responsabilité à différencier en fonction de leur degré de d'information, en fonction de l'appréciation de leur liberté de manœuvre, en fonction de la certitude qu'une conduite différente aurait été un mieux. C'est dire qu'il faudra du temps pour arriver à un pont de vue consensuel. Mais la seule certitude absolue de l'issue de ce débat, c'est qu'à l'évidence, aucun consensus d'historiens ne reconnaîtra "la France" comme responsable de la mort des déportés du Vel d'Hiv.


A l'étranger, cette polémique franco-française n'a eu strictement aucun écho, car il ne viendrait à aucun pays au monde de charger la France d'une responsabilité aussi grotesque.


Aussi, l'attitude du président Français pose question. Quelle contrainte, quels intérêts supérieurs, quelles nécessités, aura-t-il fallu pour que Président Macron se rende auteur d'un recyclage aussi grossier ? Et à qui profite ce crime délibéré - car il est inimaginable que Macron soit sincère - de falsification de l'histoire ? 





Le discours d'Emmanuel Macron mériterait à lui seul une exégèse détaillée, tant il s'inscrit avec intelligence dans la stratégie rhétorique qu'avait décrite Orwell dès 1949 ("1984"). Une telle étude mériterait un autre article, mais nous ne résistons pas à la tentation de présenter ci-dessous quelques points significatifs.

Big Brother pour les nuls

Macron ne craint pas d'énoncer : "Je récuse aussi ceux qui font acte de relativisme en expliquant qu’exonérer la France de la rafle du Vel d’Hiv serait une bonne chose. Et que ce serait ainsi s’inscrire dans les pas du général de Gaulle, de François Mitterrand qui, sur ce sujet, restèrent mutiques. Mais il est des vérités dont l’état de la société, les traumatismes encore vifs des uns, le déni des autres a pu brider l’expression."


C'est beau comme l'antique, mais comme souvent dans l'antique, tout est faux dans ce paragraphe. Du début à la fin.


Personne ne cherche à relativiser "parce que ce serait une bonne chose". Mais de grandes voix, De Gaulle, Mitterrand, Guaino, Chevènement, Bergé, Jeanneney, Le Pen, et bien d'autres, ont affirmé que de leur point de vue, la France n'était pas comptable des morts du Vel d'Hiv, au nom d'arguments explicites et non "parce que cela ne serait pas bien". L'intelligence de cette phrase consiste à instiller l'idée que ceux qui ont tenu l'opinion contraire à celle de Jupiter, pensaient en fait la même chose, mais l'auraient caché, parce que c'était "une bonne chose".


Poser que le Général De Gaulle et Mitterrand seraient restés "mutiques" est une contre-vérité historique éhontée, car les réactions de l'un et de l'autre ont été exprimées officiellement, comme en témoignent les multiples articles de presse de l'époque, au contraire de celles de Pompidou et Giscard, restés discrets. L'intelligence de cette phrase consiste à instiller l'idée que ne pas être mutique est un devoir moral, et de reprocher ce mutisme non pas à ceux qui sont restés mutiques, mais à ceux qui ne l'ont pas été, mais avaient une opinion contraire à celle de Jupiter. Plus c'est gros, plus ça passe.


Revenant ensuite sur son accusation précédente, Macron en dévoile l'explication : l'état de la société, la proximité des traumatismes, et le déni, seraient les causes du "mutisme" de De Gaulle et Mitterrand. Sauf que c'est au nom du droit constitutionnel que De Gaulle avait récusé la responsabilité de la République, et que c'est précisément à cause de l'état de la société que Mitterrand à été contraint de faire ce qu'il n'avait pas l'intention de faire, c'est à dire l'instauration d'une journée du souvenir. L'intelligence de ce passage consiste à diminuer la responsabilité personnelle des accusés aux yeux du lecteur inattentif, afin de rendre acceptable l'idée qu'ils aient pu être coupables. Une fois l'idée de cette culpabilité acceptée, l'étape suivante sera de nier les circonstances atténuantes invoquées au début. Facile.


La perversité manipulatrice de ce discours est absolument fascinante, et ce n'est pas pour rien que Sylvain Fort, précédemment plume de Laurent Vauquiez, est un ancien de Normale Sup. A chaque phrase, il faut se demander où est le piège. Et s'il n'est pas trouvé, relire la phrase. Bien peu d'esprits "normaux" sortiront indemnes de cette lecture, sauf à consentir à un travail de réflexion, de documentation, et de distanciation. Justement ce contre quoi conspire le monde moderne.


Jupiter pour les nuls

Le discours de Macron comporte aussi des passages odieux : "Ce que nous croyons établi par les autorités de la République sans distinction partisane, avéré par tous les historiens, confirmé par la conscience nationale s’est trouvé contesté par des responsables politiques français prêts à faire reculer la vérité. C’est faire beaucoup d’honneur à ces faussaires que de leur répondre, mais se taire serait pire, ce serait être complice." 


Ce paragraphe est effrontément mensonger dans sa première partie, puisqu'il n'existe aucune autorité ni aucun consensus d'historien qui aurait défini la responsabilité de la France. Par plus que de préoccupation de conscience nationale, qui ne se sent pas heureusement pas concernée spécifiquement par l'histoire du Vel d'Hiv, et à qui il ne viendrait pas à l'idée de s'affliger d'une culpabilité imaginaire.


Et dans sa seconde partie, le Président de tous les Français, adoptant une posture jupitérienne d'arbitre de la morale et de juge ultime de la vérité - décrète ex cathedra que sa rivale des élections présidentielle n'est qu'une faussaire à qui il ne veut bien parler, les sourcils froncés, que pour ne pas paraître son complice. Un maître-faussaire, ça ose tout.


L'homme que le Président Macron a invité à sa droite, et qu'il appelle affectueusement "Bibi", doit se tordre de rire. Benjamin Netanyahou, "Bibi" pour les intimes, classé infiniment plus à droite que Marine Le Pen, avait provoqué en octobre 2015 une indignation mondiale en affirmant qu'Hitler n'avait pas souhaité exterminer les juifs, mais qu'il s'agissait d'une idée du Mufti de Jérusalem. C'est dire qu'en matière de falsification d'histoire, "Bibi" est une sacrée référence.


Macron pour les nuls.

Plus loin dans ce discours, Emmanuel Macron dévoile enfin son plan contre la violence, issu de toute la complexité de sa pensée : "Ce sont toutes ces haines qui se fondent sur ce que l'on est, sur d'où l'on vient, sur ce que l'on croit que nous devons combattre"


Ces mots sont proprement stupéfiants. 


Ainsi, pour vaincre la haine, Emmanuel Macron nous admoneste de combattre tout à la fois l'identité, la mémoire, et les croyances ? 


Comment et pourquoi aurait-il fallu lutter contre le nazisme, s'il ne faut croire en rien ? Qu'est qu'une patrie, si l'identité n'est qu'une des sources de la violence ? Quel est l'avenir d'un homme sans mémoire ? 


Comment le peuple juif lui-même, qui ne doit sa survie depuis la chute de Jérusalem (Titus, 70) qu'à la jalouse préservation de ce en quoi il croit, de la mémoire d'où il vient, et de son identité, peut-il accueillir son discours ? Ne se sent-il pas concerné par ce programme d'Emmanuel Macron, qui pose ainsi les fondements d'un nouveau totalitarisme, pas très loin de celui inventé par Rosenberg, Feder, et Goebbels ?

Classé dans : Histoire - Mots clés : antisémitisme, nazisme, vel d'hiv, manipulation - 1 commentaire

Macron, séductions et révulsions

Rédigé par hamlet le 18 juin 2017

Beaucoup d'éditorialistes se sont interrogés pour savoir vers où le président Macron voulait emmener le pays. La réponse est-elle si difficile ?

Du temps qu'il était ministre de François Hollande, Emmanuel Macron s'était distingué par une importante capacité de travail. Les images du jeune ministre, discutant pied à pied et point à point en commission parlementaire, ont marqué les mémoires. Travailleur appliqué mais ministre médiocre, son effort fut sanctionné en proportion inverse des trésors d'énergie qu'il avait dépensé : malgré son adoption par la force - l'utilisation à deux reprises de l'article 49.3 - il serait difficile de démontrer que le résultat global de la loi Macron I soit positif, quand il serait mesurable. A tel point que François Hollande en décida de remettre la loi Macron II aux calendes grecques. C'était prudent.

Pourtant, les plus réfractaires au charme envoûtant du nouveau Président ne pourront refuser de lui reconnaître une remarquable audace. Tenir - et réussir - le pari d'"En Marche", il fallait quand même oser. Ils lui reconnaîtront également, même si elle a été soutenue par le dernier cri des techniques numériques, une habileté peu commune en matière de communication. Emblématique, l'utilisation immodérée du mantra incantatoire "et en même temps", qui lui a permis de parler avec un égal bonheur à ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. N'est-ce pas cela, "rassembler" ? Et quelle réussite que cette mise en scène de son entrée en fonction, le soir du 7 mai, dans la cour du Louvre, où il avait su utiliser les symboles qui parlent au vieux Pays, et retrouver des accents régaliens qu'on croyait oubliés.

Audace et habileté sont des qualités indiscutables de notre nouveau chef d'État. Pour autant, suffisent-elles ?

Certes, Emmanuel Macron, pendant la campagne présidentielle, a dit à peu près tout et son contraire, entre deux formules vides de sens, et quelquefois niaises. Et jusqu'à ce jour du second tour des législatives, il s'est gardé d'une surexposition médiatique, imposant aux candidats présentés par son parti de faire de même. Ce qui lui permet notamment de masquer l'amateurisme de certains de ses impétrants, et de capitaliser sur l'effet positif du raz-de-marée macronien de l'élection présidentielle. Les images se gravent aussi en creux.

Quelques promesses de campagnes ont été opportunément abandonnées, moins de deux mois après son élection. Ainsi en est-il de la singulière proposition d'un retour au service militaire, ou du moins d'un service militaire réduit à un étiage tellement bas - un mois - qu'il n'aurait pas eu grand chose d'un service, ni rien de militaire. Ainsi est-il possible de parler à l'extrême-droite (le service), à la droite (un seul mois), et à la gauche, qui n'était pas assez aveugle pour ne pas voir que le projet était impossible à réaliser, faute de l'encadrement humain indispensable, et des infrastructures militaires nécessaires, régulièrement aliénées depuis 1996. Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.

Quelques affaires auront aussi été opportunément étouffées. Ainsi en est-il de Richard Ferrand. Si les costumes de Fillon lui ont valu une veste taillée sur mesure, les affaires immobilières de Richard Ferrand ont laissé de marbre enquêteurs, moralistes et autres gardiens sourcilleux de la moralité publique, réunis sous le haut-patronage de François Bayrou. Aucune enquête non plus sur les soupçons de détournement de fonds européens touchant ce même François Bayrou, mais aussi Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard. Et l'emploi de la femme de Bruno Le Maire ne fera pas non plus l'objet de remarques qui seraient déplacées. En France, monsieur, on respecte les dames.

Le thriller haletant de l'affaire Grégory, vieille de trente ans, concentrant l'attention des médias mainstream, il leur aura été impossible de s'interroger sur quelques sujets intéressants, comme par exemple, les possibles conflits d'intérêts entre l'actuelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et son statut d'ancienne salariée de laboratoires pharmaceutiques.Ou les approximations dans le casting des législatives : En Marche y avait adopté un processus de sélection tellement sévère que Manuel Valls n'avait pas pu en réussir les épreuves, ce qui n'a pas suffi à éliminer quelques candidats aux casiers judiciaires insolites, ou la présentation de candidats qui ne l'étaient pas, à l'insu de leur plein gré. Ou bien de revenir sur les propos peu amènes tenus par certains ministres du nouveau gouvernement au sujet du nouveau président, et la solidité de convictions qui en découle. Ou encore sur les curiosités des déclarations de patrimoine du Président, dont il est bien le seul à comprendre la cohérence, ou la liste des donateurs de sa campagne, qui doit être particulièrement intéressante.

Il faudra également pardonner à Emmanuel Macron d'avoir utilisé des poncifs éculés et quelque peu insultants, par son triple pèlerinage d'entre les deux tours de la présidentielle. Visage sombre, œil noir, et cravate de même couleur, il s'est rendu à Oradour, puis au mémorial de la Shoah, et enfin à l'endroit où un malheureux marocain, Brahim Bouarram, s'était noyé, poussé par des skinheads, à peu près la même époque que le petit Grégory. Ces démarches assez peu subtiles visaient à rappeler au peuple la noirceur extrême des électeurs de Marine Le Pen, tous fils de nazis, de gardiens de camps de concentration, et ratonneurs amateurs à l'occasion. Le premier tour avait démontré qu'il y en avait 11 millions, c'était énorme, et il y avait tout à craindre du risque que ces gens-là font peser sur la démocratie.

Tout cela, est-ce important ? Pas tellement. Car au delà de l'écume de l'actualité, sur les lignes essentielles, il n'y a aucune surprise à attendre du règne quinquennal d'Emmanuel Macron.

Sur l'Europe, la vision Macronienne, nourrie au mondialisme Bilderbergien (il en fait partie, comme Edouard Philippe ou Sylvie Goulard), va dans le sens d'une intégration toujours plus poussée. En témoigne son projet de budget Européen, qui conduirait, pour simplifier, à ce que les riches payent les dettes des pauvres, dans l'achèvement complet de la perte de la responsabilité budgétaire - ne parlons plus de souveraineté - des nations européennes. Il n'est pas certain que l'excellente Mme Merkel pousse la générosité de l'Allemagne jusqu'à régler les dettes de la Grèce.

Sur l'immigration, aucune modification n'est à attendre. A coups de pratiques discriminatoires, de lois "antiracistes", et d'"opérations de sauvetage", nous allons continuer à faire venir des Africains pour peupler nos banlieues, et demain nos villes. Dès aujourd'hui, la proportion de bébés de souche africaine naissant en Ile-de-France est de l'ordre de 60%. Dès aujourd'hui, les français de souche sont minoritaires, largement, dans certains départements. Cela n'inquiète pas le président Macron, qui, il est vrai, manque un peu de pratique en cette matière : à qui n'a pas d'enfant de son sang, si une telle expression est encore permise, le souci de l'avenir est moins angoissant.

Qui dit immigration parle d'identité. Ce qui n'est pas un sujet pour celui qui dit n'avoir jamais vu la culture française. Qu'il ne soit pas ici fait de mauvais procès : nul n'ignore qu'un certain nombre de chefs-d'œuvres de notre culture sont le fait d'artistes venus d'outre-France. Ce n'est pas de cela dont il s'agit : le problème du président Macron est qu'au fond, il n'est pas sûr qu'il soit Français. Car, nous serons d'accord, être français n'est ni une question de race, ni une question de papiers : or le président Macron est trop progressiste pour être seulement Français. Il est avant tout un concept, neutre et presqu'angélique, d'être humain global, homo economicus globalis, sans racines charnelles, en plus d'être un excellent acteur (il est vrai qu'il a eu la chance de bénéficier d'une remarquable professeur de théâtre). Avec lui, l'expression "les miens" devient un non-sens. Les siens, c'est tout le monde, puisqu'une fois la notion de frontière suffisamment oubliée, le monde n'est plus qu'un vaste espace global : je suis chez moi là où je pose mon sac à dos, ou ma valise Vuitton, selon les réussites sociales. C'est ainsi que tous deviennent apatrides.

S'il est une promesse de campagne qui sera respectée, ce sera celle de la hausse de la CSG. Au moment de l'élection de Giscard, en 1974, la France utilisait 33,5% de son PIB en dépenses publiques. Giscard avait péremptoirement estimé qu'au delà de 40%, le pays entrait en socialisme. Élégant, il s'était attaché à n'atteindre "que" le pourcentage de 39,4% à la fin du mandat qui a vu arriver Mitterrand. Aujourd'hui, nous en sommes à 53 ou 57%, selon les modes de calculs. Allez-vous croire que ces prélèvements extravagants soient le mal nécessaire à une meilleure répartition des richesses ? Que non : si en 1955 il fallait 29 ans à un ouvrier pour atteindre le niveau de vie d'un cadre, il en faut 166 en 2013*. C'est d'ailleurs le reflet de ce qui se passe au niveau mondial.

Si le Président Hollande a mis le pied à l'étrier au Président Macron, il y a un point sur lequel le Nouveau s'oppose à l'Ancien : celui de la Finance. Elle était l'ennemie jurée du premier, disait-il, tandis que le second y cultive de précieuses amitiés. Son message sur l'ISF, pour symbolique qu'il soit, est limpide : cet impôt révolutionnaire sera maintenu, mais les revenus du capital ne seront plus intégrés au calcul. Ce que l'on pourra excuser de la part de l'ancien banquier qu'il fut, tant il est naturel de montrer de la gratitude à son ancien employeur, et de l'amitié à ses anciens collègues. Mais plus loin, Emmanuel Macron n'a pas retenu dans ses objectifs prioritaires de réduire notre déficit budgétaire. Si la faiblesse des taux d'intérêt permet aujourd'hui que la charge de la dette ne soit pas encore au delà de nos capacités de remboursement (à elle seule, aux alentours de 50 milliards d'euros, elle est quand même le deuxième budget de l'État, derrière l'Éducation, et absorbe en totalité l'impôt sur le revenu), il suffirait d'un souffle, d'un rien, pour que ce souffle devienne le dernier soupir de l'économie française. En attendant, le poids de la parole politique diminue chaque jour, devant celle des créanciers.

Macron est discret sur le sujet du chômage. Il faut dire aussi que le chômage est utile : il ne faudrait pas qu'une pression trop forte sur le marché de l'emploi ne soit la cause d'un relèvement des salaires, qui rendrait notre pays moins compétitif. Il est également discret sur le nombre des fonctionnaires, leur productivité, leur niveau de rémunération et de retraite, et les avantages indus dont certains bénéficient, tandis que d'autres, au contraire, sont toujours parmi les damnés de la terre. Le dialogue social reste chose compliquée dans notre pays, le régime des ordonnances va permettre d'y pallier.

Sur les retraites, Macron s'est montré novateur : il a promis qu'il n'y aurait plus qu'un seul régime de retraite, et qu'un euro cotisé rapporterait la même chose au cadre supérieur ou au salarié de base. Mais que cela se traduirait par une baisse de leurs montants. Il est plus que probable que seule la seconde partie de cette promesse se réalise.

En matière sociétale, le Président, réputé très ouvert, est encore plus progressiste que ne le fut Christiane Taubira. Gérald Darma­nin, son ministre de l'action et des comptes publics, anciennement de droite, et maintenant ni de droite ni de gauche, bien au contraire, n'a pas tardé à se faire épingler pour des propos hostiles à la loi Taubira, qu'il avait tenus à l'époque nauséabonde ou il était porte-parole de Nicolas Sarkozy. Il n'est pas certain que les fantaisies érotiques conjugales racontées par Bruno Le Maire, du temps où il émargeait à l'UMP et s'essayait à la littérature, suffisent à calmer les nouveaux inquisiteurs, toujours prêts à brûler de l'homophobe ou à casser du sexiste.

Ce qui change, ce sont les codes, les apparences, le discours, et le personnel politique. C'est l'apparente jeunesse. Macron est une sorte de réincarnation de Giscard, qui en son temps avait séduit la ménagère comme le manager, avec les mêmes arguments, pour aboutir au désastre que l'on sait. Ce qui ne change pas, c'est la ligne de fond, tant qu'il est vrai qu'il faut que "si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change". Jacques Attali a eu cette appréciation sévère : « De quoi Emmanuel Macron est-il le nom ? − Du vide. Du vide de la politique française. Il n’incarne que le vide de cette gauche qui veut à la fois être au pouvoir et ne pas y être parce qu’elle déteste la gauche de gouvernement. Il est de ceux qui rêvent que la gauche ne soit pas au pouvoir. Emmanuel Macron a un talent fou… Si seulement, il se saisissait d’un programme… »

Les seuls domaines où une amélioration est certaine, en dehors du cynisme politique, ce sont ceux de la communication et de l'image, dont Emmanuel Macron maîtrise parfaitement les codes. Ce qui est à la fois une force, et une faiblesse, car si la victoire d'Emmanuel Macron est due essentiellement à ce savoir-faire et à l'unanimité flagorneuse des médias mainstream, s'il s'avise de dévier de ce que veulent de lui les propriétaires de ces mêmes médias (une dizaine de personnes qui se connaissent et ont des intérêts convergents), l'arme de son succès pourrait aussi devenir la cause de sa chute.

Il reste à reconnaître que la France est maintenant beaucoup mieux représentée par ce Président juvénile au visage angélique, illuminé par un sourire irrésistible, plutôt que par le précédent qui, en plus de faire tomber le pluie, nous infligeait sa cravate de travers, ses manches de chemise tire-bouchonnées, et sa démarche embarrassée de pingouin égaré sur la banquise. Emmanuel Macron a bien compris, à juste titre, qu'une certaine verticalité était nécessaire au pouvoir, qu'il lui fallait renouer avec son antique sacralité, à tel point qu'il avait osé l'idée d'un "président jupitérien". Le lendemain de son élection, certains se sont étonnés qu'il ne guérisse pas les écrouelles. S'il est un peu jeune encore pour endosser le costume du dieu des dieux, force est de reconnaître qu'Emmanuel Macron a quelque chose d'un prince : il n'est pas impossible que ce soit celui du mensonge.

*L'express n°3441 du 14 au 20/06/2017
** Challenges, interview du 13/05/2016

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Anacyclose, le retour

Rédigé par hamlet le 04 mars 2017

"Historia est magistra vitae"(1) : c'était écrit en gros sur la première page de mon cahier d'Histoire de 6ème. Avant-hier...


C'est Platon qui formalisa le premier (dans La République, 315 avant JC) une théorie sur la succession des formes de gouvernement. Plus tard, elle fut développée par l'historien Polybe (200, 118 av. JC), illustrée par Cicéron (De Republica, 54 av JC), reprise 1500 ans après par Machiavel (1469-1527) puis par Rousseau et quelques auteurs plus modernes. N'ayant rien perdu de sa pertinence, elle témoigne qu'au fond, depuis ces 2300 ans, l'homme n'a qu'assez peu varié dans ses ressorts fondamentaux. Mais de quoi s'agit-il, qu'est-ce que l'anacyclose ?

Le terme d'anacyclose était employé par les astronomes Grecs, qui avaient constaté que le mouvement des étoiles les faisaient revenir de manière cyclique à leur exacte position de départ. L'analogie politique construite par Polybe tend à démontrer, de la même manière, que l'histoire des sociétés passe par six phases successives, pour revenir à la première, dans une succession déterminée.

L'organisation de la société n'est jamais le résultat du hasard, mais le plus souvent l'expression de règles qui 'appliquent à travers les contraintes de circonstances qui s'appliquent à elle. Ainsi, dans une société en crise profonde survient mécaniquement un homme providentiel, profitant du désordre de la crise pour s'emparer du pouvoir. Bien que porté, soutenu, protégé par les combattants du moment, il va user du pouvoir à titre personnel : la première phase est la monarchie.

Hélas, "tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser [...] il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir" (De l'esprit des Lois. Montesquieu 1748). C'est ainsi que le monarque, usant de l'arbitraire et de l'excès, fait glisser la monarchie vers la tyrannie.

Dans une tyrannie, ceux qui sont proches du pouvoir vont alors, faute de pouvoir le prendre, exiger de le partager. C'est le passage à l'aristocratie, "gouvernement des meilleurs", d'abord d'épée, puis de robe : "Cedant armae togae" (2) (Cicéron) : le légalisme devient l'outil de l'égalité.

Avec le temps la société se structure, les jalousies et les appétits augmentent, il faut composer avec ceux qui représentent une autre forme de pouvoir : les riches (la ploutocratie), les scientifiques et techniciens (la technocratie), les anciens (la gérontocratie), les travailleurs (Corporations, Unions syndicales), les médias (la médiacratie). L'alliance des uns et des autres mène à la quatrième étape, l'oligarchie : les forts, les riches, les intelligents, les expérimentés, les faiseurs d'opinion décident, en se recommandant d'un intérêt général qu'ils prennent soin de définir au mieux de leurs besoins.

Les éléments qui fondent le pouvoir de l'oligarchie ne parlent pas à l'âme des peuples. Aussi est-elle amenée à compenser ce déficit par des représentations symboliques (arbres, drapeaux, monuments, tombes) utiles pour maintenir sa prééminence. Pour "souder les équipes", elle est même prête à tuer le père (le monarque). L'efficacité de ces substituts n'étant pas éternelle, l'oligarchie décide alors de donner ou de laisser prendre au peuple, une partie du pouvoir en veillant à en perdre le moins possible. Elle glisse alors vers la démocratie, "le pire des systèmes à l'exception de tous les autres", selon Churchill, ou "le pouvoir pour les poux de manger les lions", selon Clémenceau. 

L'étape démocratique peut prendre diverses formes, de la démocratie directe Athénienne à la démocratie plus ou moins participative d'aujourd'hui, parée de telles vertus qu'il serait facile de l'imaginer comme un régime idéal, alors qu'elle n'est qu'un moment de l'évolution politique des corps sociaux. 

La démocratie finit elle aussi par ne pas durer, et dégénère vers l'ochlocratie, qui n'est plus le pouvoir du peuple (démos) mais de la foule (ochlos). La distinction, étudiée par Jean-Jacques Rousseau (le Contrat Social), est assez subtile : si l'essence de la démocratie est la recherche de la volonté générale, l'ocholocratie se cantonne aux intérêts des foules, et non de la population toute entière. L'État devient alors "la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde" (Frédéric Bastiat). Il en résulte un chaos général, qui ne pourra être maîtrisé par un homme providentiel, Napoléon 1er, Napoléon III, Clémenceau, ou de Gaulle, qui remettra l'anacyclose dans sa phase première.


Bien sûr, ces étapes ne se trouvent pas à l'état pur dans la nature, car d'une part les limites ne sont pas définies avec précision (par exemple, qui peut dire quand se termine la monarchie et commence la dictature ?), et elles ne s'excluent pas mutuellement (par exemple, certaines oligarchies peuvent subsister dans une démocratie).

Cependant, il peut être admis que la France parcours depuis quelques législatures les derniers stades de l'anacyclose. A cet égard, la fulgurante ascension d'Emmanuel Macron est symptomatique : soutenu par un système médiatique extrêmement puissant, avec une unanimité dont il ne reste plus d'exemple ailleurs qu'en Corée du nord, ce post-adolescent sans grande épaisseur humaine, avec un bilan gouvernemental particulièrement médiocre, qui n'était à l'origine qu'un pion dans une tactique imaginée par l'ancien président pour affaiblir ses adversaires, va devenir notre prochain dirigeant, principalement pour son physique avantageux et sa capacité, en toutes circonstance, à être d'accord avec cellzéceux de l'ensemble des parties, bien au contraire.

Selon Polybe, cette phase va donc nous mener à un chaos, qui devrait déboucher sur un retour au premier cycle de l'anacyclose.

(Merci à JBD)

1 "L'Histoire enseigne la vie" ou encore "le passé éclaire le futur" (Cicéron)
2 "Que les armes cèdent à la toge"
2 Voir à ce sujet : Totem et Tabou S. Freud

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Pour qui voterez-vous en 2017 ?

Rédigé par hamlet le 04 septembre 2016

Pour 2017, la même question se pose qu'en 2012 : pour qui voter ? Les formations politiques se chargent de faire un premier choix, ce qui n'est pas vraiment démocratique. Mais parmi ceux qui seront dument adoubés par leur formation, est-il un vote nécessaire ou utile à l'homme de droite ?
Évacuons tout d'abord les questions exégétiques portant pointilleusement sur les points particuliers des programmes.
 
En effet, très peu d'électeurs prennent le soin d'une lecture, même rapide, du détail des programmes. Nous votons sur l'image et les croyances se rapportant aux candidats, rarement sur une comparaison pondérée des différentes propositions. D'autre part, le rapport entre programme et réalisations est lointain, et quelquefois même inverse : qui se proclamait en 2012 "ennemi du monde de la finance" s'est empressé de nommer un ancien de Rothschild comme ministre de l'Économie. Avec les résultats que l'on sait.

Ce qui compte, avant le détail du programme, c'est la vision générale. Soit celle de gauche, avec son cortège d'irresponsabilisations et d'utopies, ou bien celle de droite, avec son cortège de lâchetés et d'appétits mercantiles.

Évacuons tout d'abord les questions exégétiques portant pointilleusement sur les points particuliers des programmes.
 
En effet, très peu d'électeurs prennent le soin d'une lecture, même rapide, du détail des programmes. Nous votons sur l'image et les croyances se rapportant aux candidats, rarement sur une comparaison pondérée des différentes propositions. D'autre part, le rapport entre programme et réalisations est lointain, et quelquefois même inverse : qui se proclamait en 2012 "ennemi du monde de la finance" s'est empressé de nommer un ancien de Rothschild comme ministre de l'Économie. Avec les résultats que l'on sait.

Ce qui compte, avant le détail du programme, c'est la vision générale. Soit celle de gauche, avec son cortège d'irresponsabilisations et d'utopies, ou bien celle de droite, avec son cortège de lâchetés et d'appétits mercantiles.

Entendons-nous sur les mots : être "de droite" signifie ici, avant toute adhésion à quelque formation que ce soit, un attachement courageux, car ce n'est pas dans le repos que se trouve la vertu, aux valeurs de civilisation traditionnelles. En l'occurrence, celles qui ont prévalu en France pendant une quinzaine de siècles et en ont permis la construction.

Ainsi, pour l'homme de droite, la question de l'identité, redécouverte opportunément par nombre de ténors politiciens, est l'une des principales. Fondamentalement, l'homme de droite n'a aucune envie de vivre dans le monde rêvé par Jacques Attali, Nathalie Kosciusko, ou Emmanuel Macron, dut-il pour cela consentir à un moindre confort ou à un moindre niveau de vie. Son désir est de vivre dans un monde qui soit dans la continuité de celui de son père et du père de son père, un monde qui lui ressemble, qui nous ressemble, pour autant qu'il conçoive la nation comme l'extension de la notion de famille, et le monde comme riche en territoires distincts où les peuples peuvent vivre dans leurs spécificités : avant d'être ce qui nous sépare, une frontière est ce qui nous définit, et nous permet de faire vivre ces différences dont certaines sont enrichissantes, tout l'inverse des projets globalisants actuels.

Or la droite parlementaire, tout particulièrement depuis le septennat de Giscard, s'est attachée à justifier la remarque élégamment désespérée de Ghislain de Diesbach : la France est gouvernée par deux grands partis de gauche, dont l'un s'appelle la droite. 

Les résultats en sont frappants : pour prendre un exemple, la population du "9-3" est d'un million et demi d'habitants : 500.000 sont titulaires d'une carte de séjour, 500.000 sont des français administratifs, par droit du sol, et il ne reste que 500.000 français autochtones, âgés et cherchant à quitter le département (1). Cette situation emblématique est celle de la France toute entière dans très peu de temps, avec son cortège de difficultés, de drames, et de coûts inhérents. Implacables, les statistiques de dépistage de la dépanocytose établissent qu'actuellement en Ile de France, 6 bébés sur 10 sont d'origine africaine. Autre parallèle glaçant : le nombre d'immigrés s'installant en France depuis trente ans est à peu près le même que celui des avortements : 200.000. En arrondis, 600.000 personnes meurent chaque année en France, et sont remplacées par 800.000 naissances, dont la moitié sont africaines. Chiffres qui ne sont en rien comparables à ceux qui ont prévalu dans l'histoire de France, depuis quinze siècles.

Non seulement ce qui fait notre spécificité comme communauté et comme nation disparaît avec une vitesse inattendue, mais encore ce qu'il en reste est-il divisé en deux blocs prêts à s'entre-déchirer : ceux qui aiment cette civilisation et veulent qu'elle perdure, et ceux qui veulent en imposer l'auto-disparition, phénomène particulièrement visible dans l'Allemagne d'Angela Merkel. 

Pour avoir dénoncé ce péril, la droite patriotique est méprisée, insultée, haïe, combattue chaque jour par tous les moyens depuis quarante ans, par une caste dirigeante qui a imaginé pour la France un modèle multiculturel désincarné, et le lui a imposé délibérément. Une des dernières mesures en date est la dépénalisation de l'aide aux personnes sans papiers sur le territoire national : personne ne peut prétendre, comme à l'accoutumée, que cette loi a été imposée par Bruxelles, ou découle de Schengen.

Notre agonie charnelle est d'autant plus dangereuse qu'elle est confortable. Comme sur le Titanic, l'orchestre joue encore. Mais bercés par les sirènes du vivre-ensemble et du relativisme généralisé, nous entrons maintenant dans un monde multi-culturel, multi-ethnique, multi-religieux, et surtout multi-problématique, dans lequel nous ne somme déjà plus qu'une minorité dérangeante.

Comment un homme de droite pourrait-il envisager de donner sa voix à ceux de ces groupes qui ont planifié avec tant de constance le remplacement délibéré de notre civilisation par une autre civilisation sans avenir pérenne, car faite de communautés n'ayant rien à partager entre elles, quand elles ne sont pas ennemies ? Comment un homme de droite pourrait-il donner sa voix à ceux qu'il l'ont trahi avec tant de persévérance. Comment un homme de droite pourrait-il donner sa voix à un candidat dont même Jean d'Ormesson s'est rendu compte qu'il n'était qu'un Hollande de gauche ?

Dans toute situation, il reste autant d'espoirs que d'hommes, pour peu ici qu'ils s'attellent à infléchir positivement l'erre du paquebot France. Pour cela, il faut du courage, qui est bien la dernière qualité de nos gouvernants. Il y faut aussi de l'enracinement, seconde qualité qui leur manque, eux qui parlent "des Français" comme d'une espèce de cobayes. Pour donner du courage et de l'enracinement aux responsables politiques, pour droitiser la droite, en dehors des solutions inconstitutionnelles testées en avril 1961, il n'y a qu'une solution qui s'offre au vulgum pecus, c'est simplement de parler le plus fort possible, au risque, parfois, de l'excès.

Pourquoi certains leaders du parti Républicain droitifient-ils leurs discours ? Il est permis de penser que c'est moins pour des convictions profondes qu'à cause de l'émergence de courants patriotiques, qualifiés au passage d'un méprisant "populistes". Nous entendrions beaucoup moins de rodomontades, mais aussi de propositions positives, si les orateurs de droite qui les prononcent n'étaient pas protégés sur leur droite par une infanterie qui leur sert de confortable flanc-garde.

C'est l'utilité de Sens Commun, qui peine à exister dans l'appareil LR, tant il est vrai qu'il faut de grandes fourchettes à qui veut diner avec le diable. C'est l'utilité de la Droite Forte, marquée cependant par la versatilité de Guillaume Pelletier. C'est l'utilité de l'Avant-Garde, de Beigbeder et Millon (Vanneste étant considéré comme aussi peu fiable qu'il est bavard). C'est l'utilité de DLR, avec l'inoxydable Dupont-Aignan. C'est l'utilité du PCD, qui vient de trouver, par la qualité et l'indépendance de réflexion de son président, Jean-Frédéric Poisson, une crédibilité inattendue. C'est l'utilité d'autres formations plus confidentielles, ou d'initiatives personnelles. C'est surtout l'utilité du Front National, mené par Marine Le Pen, et sa nièce Marion, la plus jeune des députés de France.

Certes, ce parti suscite des objections plus ou moins justifiées : certaines positions peu catholiques, certaines fréquentations discutables, un glissement vers un certain étatisme économique, et un discours anti-européen qui peut effrayer. Sur ce dernier point, toutefois, la meilleure ennemie de l'Europe n'est pas Marine Le Pen, mais bien l'Europe elle même, incapable de se remettre en question après la sortie des Britanniques, s'obstinant à réglementer la courbure des concombres ou a imposer des traités de commerce secrets, alors que les grandes questions de défense, de migrants, de subsidiarité, et là encore, d'identité, ne sont pas traitées sérieusement.

Parmi les possibilités ouvertes à l'homme de droite, il en est deux particulièrement utiles. La première est de soutenir sans modération Jean-Frédéric Poisson, qui est le seul candidat de la primaire à faire preuve d'une étonnante indépendance d'esprit, tout autant que de convictions personnelles argumentées et sincères (en dépit de l'incompréhension que suscite ses relations avec Juppé). La seconde est de voter au premier tour pour Marine Le Pen sans aucun état d'âme, comme le moyen le plus efficace de redonner des valeurs de Droite à la droite parlementaire. Pour le second, quartier libre.



1 Xavier Lemoine, cité par Beigbeder dans "Charnellement de France" (lecture recommandée)

Classé dans : Politique, Histoire, Points de vue - Mots clés : 2017, élections, identité, présidentielles - 4 commentaires

Turgot, le bon sens près de chez nous

Rédigé par hamlet le 16 octobre 2012

Anne-Robert Turgot
Michel-Étienne Turgot, fut nommé prévôt des marchands de Paris, par Louis XVI, en 1729. Son nom reste attaché au célèbre "Plan de Turgot", représentant Paris en vue cavalière.

De son mariage, il eut trois garçons, dont Anne Robert, qui fut appelé par Louis XVI au ministère de la Marine, en juillet 1774. Un moins plus tard, il passe aux Finances, comme contrôleur général. Il y découvre alors la situation catastrophique des finances publiques, à deux doigts de la banqueroute.

Il entreprend alors une série de réformes d'importance : réduction des pensions accordées par le Roi, libre-circulation des grains, remplacement de la corvée par un impôt dû par tous les propriétaires, notamment.

A peine arrivé aux finances, il écrivit au Roi Louis XVI, le 24 août 1774, un courrier qui garde toute sa pertinence et son bon sens aujourd'hui, tout en n'ignorant rien de l'impopularité que son programme allait susciter. Faisant preuve de courage, il l'appliqua néanmoins, ... et les privilégiés obtinrent son renvoi deux ans plus tard ! Bon sens et courage ont, depuis, déserté la politique.

Mais relisons Turgot...

"Votre Majesté a bien voulu m'autoriser à remettre sous ses yeux l'engagement qu'elle a pris avec elle-même, de me soutenir dans l'exécution des plans d'économie qui sont en tout temps, et aujourd'hui plus que jamais, d'une nécessité indispensable. J'aurais désiré pouvoir lui développer les réflexions que me suggère la position où se trouvent les finances ; le temps ne me le permet pas, et je me réserve de m'expliquer plus au long quand j'aurai pu prendre des connaissances plus exactes. Je me borne en ce moment, Sire, à vous rappeler ces trois paroles :

Point de banqueroute ; Point d'augmentation d'impôts ; Point d'emprunts.

Point de banqueroute, ni avouée, ni masquée par des réductions forcées. Point d'augmentation d'impôts, la raison en est dans la situation de vos peuples, et encore plus dans le coeur de Votre Majesté. Point d'emprunts, parce que tout emprunt diminue toujours le revenu libre ; il nécessite au bout de quelque temps ou la banqueroute, ou l'augmentation des impositions. Il ne faut en temps de paix se permettre d'emprunter que pour liquider les dettes anciennes, ou pour rembourser d'autres emprunts faits à un denier plus onéreux.

Pour remplir ces trois points, il n'y a qu'un moyen. C'est de réduire la dépense au-dessous de la recette, et assez au-dessous pour pouvoir économiser chaque année une vingtaine de millions, afin de rembourser les dettes anciennes. Sans cela, le premier coup de canon forcerait l'État à la banqueroute.

On demande sur quoi retrancher ; et chaque ordonnateur, dans sa partie, soutiendra que presque toutes les dépenses particulières sont indispensables. Ils peuvent dire de fort bonnes raisons ; mais comme il n'y en a pas pour faire ce qui est impossible, il faut que toutes ces raisons cèdent à la nécessité absolue de l'économie (...) Votre Majesté sait qu'un des plus grands obstacles à l'économie est la multitude des demandes dont elle est continuellement assaillie et que la trop grande facilité de ses prédécesseurs à les accueillir a malheureusement autorisées. Il est des grâces auxquelles on a cru pouvoir se prêter plus aisément, parce qu'elles ne portent pas immédiatement sur le Trésor royal. De ce genre sont les intérêts, les croupes, les privilèges ; elles sont de toutes les plus dangereuses et les plus abusives (...).

Tant que la finance sera continuellement aux expédients pour assurer les services, Votre Majesté sera toujours dans la dépendance des financiers, et ceux-ci seront toujours les maîtres de faire manquer, par des manoeuvres de place, les opérations les plus importantes (...) Je ne demande point à Votre Majesté d'adopter mes principes, sans les avoir examinés et discutés, soit par elle-même, soit par des personnes de confiance en sa présence ; mais quand elle en aura reconnu la justice et la nécessité, je la supplie d'en maintenir l'exécution avec fermeté, sans se laisser effrayer par des clameurs qu'il est absolument impossible d'éviter en cette matière, quelque système qu'on suive, quelque conduite qu'on tienne (...).

J'ai prévu que je serais seul à combattre contre les abus de tout genre, contre les efforts de ceux qui gagnent à ces abus ; contre la foule des préjugés qui s'opposent à toute réforme, et qui sont un moyen si puissant dans les mains des gens intéressés à éterniser le désordre. Je serai craint, haï même de la plus grande partie de la cour, de tout ce qui sollicite des grâces. On m'imputera tous les refus ; on me peindra comme un homme dur, parce que j'aurai représenté à Votre Majesté qu'elle ne doit pas enrichir même ceux qu'elle aime, aux dépens de la subsistance de son peuple. Ce peuple auquel je me serai sacrifié est si aisé à tromper, que peut-être j'encourrai sa haine par les mesures mêmes que je prendrai pour le défendre contre la vexation (...).

C'est avec ces sentiments que je suis avec le plus profond respect, Sire,
De votre Majesté
Le très humble et très obéissant Serviteur et Sujet.

Turgot."

Lire aussi : l'article de Causeur.

Classé dans : Histoire - Mots clés : dépense publique - 1 commentaire

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